Events Ascame/ juillet 29, 2026/ En vedette, Trends
Six mois de conflit dans le golfe Persique ont transformé ce qui semblait au départ être un affrontement militaire régional en un enjeu économique mondial déterminant. Cette instabilité prolongée a profondément modifié la dynamique du commerce international, du transport maritime, des marchés énergétiques et des décisions d’investissement. Aujourd’hui, le risque géopolitique n’est plus une variable externe ; il est devenu un indicateur économique essentiel que les gouvernements et les entreprises doivent intégrer dans chacune de leurs décisions stratégiques.
Pour la Grèce, pays dont la prospérité est étroitement liée au transport maritime, au commerce, au tourisme et à la logistique internationale, les conséquences sont particulièrement importantes. Notre économie est certes géographiquement éloignée du théâtre des opérations, mais elle est profondément liée aux routes maritimes, aux approvisionnements énergétiques et aux chaînes d’approvisionnement mondiales qui transitent par l’un des couloirs stratégiques les plus critiques au monde.
Le détroit d’Ormuz reste la principale voie d’accès maritime aux ressources énergétiques de la planète. Environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole et une part importante des exportations de gaz naturel liquéfié transitent par ce passage étroit. Après six mois de conflit, l’incertitude est devenue la nouvelle norme. Même si les cargaisons continuent d’être acheminées, leur coût de transport a considérablement augmenté. Les primes d’assurance contre les risques de guerre, les taux de fret, la consommation de carburant et les frais d’exploitation ont tous augmenté, tandis que les compagnies maritimes sont contraintes de redéfinir leurs itinéraires et leurs plans opérationnels dans des conditions de sécurité sans précédent.
L’histoire a montré à maintes reprises que les crises géopolitiques prolongées n’affectent pas seulement les prix de l’énergie; elles remodèlent le commerce international lui-même. L’impact se propage progressivement des marchés pétroliers à la production industrielle, aux coûts de fabrication, aux transports, aux prix des denrées alimentaires et, en fin de compte, aux budgets des ménages. Les pressions inflationnistes réapparaissent non pas parce que la demande est excessive, mais parce que l’offre devient plus coûteuse et moins prévisible.
Les entreprises européennes sont à nouveau confrontées à une hausse des coûts de production et à une baisse de leur compétitivité. Bien que l’Europe ait réalisé des progrès considérables dans la diversification de ses sources d’énergie depuis la crise énergétique de ces dernières années, elle reste fortement dépendante du commerce maritime mondial. Toute perturbation affectant les voies maritimes stratégiques a un impact immédiat sur la production industrielle, les exportations et les décisions d’investissement à l’échelle du continent.
Pour la Grèce, la situation est plus complexe. Notre secteur maritime, qui gère l’une des plus grandes flottes marchandes au monde, a fait preuve d’une résilience remarquable tout au long des crises internationales précédentes. La hausse des taux de fret pourrait temporairement renforcer les revenus dans certains segments du transport maritime, mais ces opportunités s’accompagnent de risques opérationnels, de préoccupations en matière de sécurité et d’une exposition financière nettement plus importante. De plus, les compagnies de transport côtier et de transbordeurs de voitures et de passagers souffrent du coût élevé du carburant marin. Dans le même temps, l’économie nationale subit l’effet inverse. Les entreprises sont confrontées à une hausse des coûts énergétiques, à un renchérissement des matières premières importées, à des délais de livraison plus longs et à un regain de pressions inflationnistes. Les PME se trouvent soumises à une pression croissante, car elles peinent à absorber la hausse des coûts d’exploitation tout en maintenant des prix compétitifs pour les consommateurs.
L' histoire a montré à maintes reprises que les crises géopolitiques prolongées n'ont pas seulement des répercussions sur les prix de l'énergie ; elles remodèlent le commerce international lui-même. Leur impact s'étend progressivement des marchés pétroliers à la production industrielle, aux coûts de fabrication, aux transports, aux prix des denrées alimentaires et, en fin de compte, au budget des ménages
C’est précisément là que la résilience économique prend le pas sur la seule croissance économique. La leçon à tirer des six derniers mois est claire : la résilience est devenue un avantage concurrentiel. Les entreprises diversifient leurs fournisseurs, augmentent leurs stocks, délocalisent leur production à proximité des marchés de consommation, investissent dans la logistique numérique et réévaluent les risques liés à la chaîne d’approvisionnement. Les gouvernements accélèrent leurs investissements dans les infrastructures stratégiques, la sécurité énergétique, les ports et les pôles logistiques.
La Grèce dispose d’une occasion unique de renforcer sa position stratégique. Nos ports, notre expertise maritime, nos infrastructures logistiques et notre rôle de plaque tournante énergétique en Europe du Sud-Est constituent des atouts comparatifs considérables. Les investissements dans les infrastructures de GNL, le transport intermodal, la modernisation portuaire et la logistique numérique peuvent transformer l’incertitude géopolitique d’aujourd’hui en opportunité économique pour demain.
Cette transition nécessite toutefois des choix politiques décisifs. Soutenir les entreprises tournées vers l’exportation, améliorer l’accès au financement pour les PME, alléger les charges administratives, accélérer les investissements dans les infrastructures et renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement devraient devenir des priorités nationales. La compétitivité ne peut être maintenue uniquement grâce à des mesures de soutien temporaires; elle nécessite des réformes structurelles qui augmentent la productivité et réduisent le coût de l’activité. Le monde des affaires comprend que les crises géopolitiques ne peuvent être maîtrisées. Ce qui peut l’être, en revanche, c’est notre état de préparation.
La politique économique doit donc viser non seulement à relever les défis d’aujourd’hui, mais aussi à préparer l’Europe à l’économie mondiale de demain, où les perturbations géopolitiques risquent de devenir la norme plutôt que l’exception. Le monde entre dans une ère où sécurité, résilience, durabilité et compétitivité sont indissociables.
Ces six mois de guerre dans le golfe Persique nous rappellent que la stabilité économique ne peut plus être considérée comme acquise. Les pays et les entreprises qui en sortiront renforcés sont ceux qui investissent dès aujourd’hui dans la résilience, la capacité d’adaptation et la vision stratégique.
En tant que représentants du monde des affaires, nous sommes convaincus que l’Union Européenne dispose de l’expérience, de l’esprit d’entreprise et des atouts stratégiques nécessaires non seulement pour faire face à ce nouvel environnement, mais aussi pour y renforcer sa position. L’avenir appartient aux économies qui sont préparées non seulement à la croissance, mais aussi à l’incertitude.
Article d’opinion rédigé par M. Vassilis Korkidis, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Pirée et Vice-président de l’ASCAME.
