Events Ascame/ septembre 3, 2026/ En vedette
Après six mois de conflit dans le golfe Persique, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Pirée (PCCI) a analysé les données fournies par l’UE, la BCE, le FMI, l’AIE, Eurostat et ELSTAT afin d’évaluer l’impact économique et énergétique sur la Grèce et l’Union européenne. La crise s’est déroulée en six phases, alternant entre escalade et apaisement temporaire, avec des répercussions s’étendant bien au-delà du champ de bataille.
Le conflit a déclenché une nouvelle vague de perturbations dans les secteurs de l’énergie et du commerce, moins grave que le choc de 2022, mais suffisamment forte pour bouleverser les perspectives économiques initiales de l’UE pour 2026. L’effet le plus immédiat a été la flambée des prix de l’énergie. La réduction du trafic dans le détroit d’Ormuz a fait grimper les prix du pétrole brut, des carburants et du gaz naturel d’environ 30% par rapport aux niveaux d’avant-guerre dès le mois de juillet.
Pour l’UE, la facture énergétique supplémentaire s’est élevée à 85 milliards d’euros, ce qui reflète une hausse des dépenses pour des volumes d’énergie pratiquement identiques. La transition de l’Europe vers le GNL a permis de réduire la dépendance vis-à-vis des gazoducs russes, mais a accru la vulnérabilité face aux routes maritimes mondiales et à la volatilité des prix internationaux.
La croissance économique s’est également affaiblie. L’UE a revu à la baisse ses prévisions pour 2026, les ramenant à 1,1%, tandis que le FMI estime à 0,5% la perte de PIB pour la zone euro sur deux ans. L’impact sur le chiffre d’affaires et l’activité réelle sur six mois est estimé à 30 milliards d’euros, en raison d’une baisse de la consommation, du report des investissements et de la hausse des coûts de production.
L’inflation reste une préoccupation majeure. La BCE prévoit qu’elle atteindra un pic proche de 3% fin 2026, principalement en raison de la répercussion de la hausse des prix du pétrole sur les carburants, les denrées alimentaires et les produits agricoles. Le coût de l’inflation est estimé à 25 milliards d’euros, tandis que les perturbations dans les transports et les chaînes d’approvisionnement ajoutent 15 milliards d’euros supplémentaires, et les mesures budgétaires environ 15 milliards d’euros de plus. Au total, le coût économique brut pour l’UE sur ces six mois s’élève à 145 milliards d’euros.
Pour la Grèce, le coût est estimé à 3 milliards d’euros, dont 1,5 milliard d’euros de dépenses énergétiques supplémentaires, 600 millions d’euros de perte de chiffre d’affaires, 500 millions d’euros de coûts liés aux transports et à la chaîne d’approvisionnement, et 400 millions d’euros de mesures fiscales. Une pression inflationniste – d’environ 1 milliard d’euros – est en partie intégrée dans ces chiffres. Malgré une croissance du PIB de 2% au premier semestre 2026 et un ralentissement de l’inflation, les ménages et les PME restent confrontés à des contraintes de liquidité.
Le secteur maritime présente un tableau contrasté: les services de ferry nationaux souffrent de la hausse des prix du carburant, tandis que le transport maritime hauturier géré par des armateurs grecs bénéficie de taux de fret élevés, même si ces gains sont contrebalancés par une augmentation des risques, des primes d’assurance et des durées de voyage plus longues. Ces gains ne compensent pas le fardeau global qui pèse sur l’industrie, le commerce, les transports, le tourisme et les PME.
Ce bilan semestriel confirme que la guerre est devenue un facteur économique majeur. L’Europe et la Grèce ont un besoin urgent de diversifier leurs sources d’énergie, d’investir dans les réseaux électriques et les pôles logistiques, et de s’orienter plus rapidement vers un modèle économique axé sur la production. La conclusion principale est claire: l’incertitude a désormais un prix. Il est essentiel de renforcer la production nationale et européenne, en particulier dans les secteurs de l’énergie et de l’agroalimentaire. À une époque marquée par des bouleversements géopolitiques permanents, la résilience économique n’est plus une option politique; c’est une condition préalable à la croissance et à la compétitivité.
Article rédigé par M. Vassilis Korkidis, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Pirée et Vice-Président de l’ASCAME.
