• juillet 2nd, 2021

Barcelone, le 30 juin 2021 – Par Anwar Zibaoui, Coordinateur général de l’ASCAME

Les îles méditerranéennes ont connu un grand développement ces dernières années avec l’expansion de leur secteur touristique. Le tourisme intègre de nombreux éléments positifs, crée des opportunités d’emploi, en particulier pour les jeunes et les femmes, améliore les revenus saisonniers, stimule la construction d’infrastructures, développe les technologies et les services, et facilite l’échange culturel et social, qui enrichit à la fois le voyageur et la destination. Cependant, il y a une grande différence entre la croissance et la répartition équitable et cohérente des revenus, et nous savons aujourd’hui que le « retour à la normalité » n’est pas le moyen de construire un avenir prospère et durable.

Face au COVID-19, les îles ont connu une perte d’activité de milliards d’euros, à la fois directe et indirecte. Le monde a traversé une phase douloureuse, lourde et coûteuse dans sa longue confrontation avec le virus, et la bataille continue. Pour cette raison, nous avons l’opportunité de redynamiser le secteur et de proposer un nouveau modèle de tourisme post-COVID-19.

Les défis actuels et futurs, pour la Méditerranée en général et ses îles en particulier, sont de devenir une destination touristique durable et d’imposer une responsabilité partagée autour des trois piliers de la durabilité : économique, environnemental et social. Le tourisme du futur intègre des objectifs de développement équilibré et ciblé, et nécessite un changement d’attitude de l’ensemble de la chaîne de valeur : destinations, entreprises et touristes.

La Méditerranée est la première destination touristique, avec 30 % du revenu mondial, 12 % du PIB régional et un pourcentage similaire d’emplois enregistrés. Ses îles ont désormais besoin d’un soutien vital pour faciliter leur transformation vers un nouveau modèle plus résilient, vert et bleu, qui renforce les économies locales de manière équilibrée et durable. Les îles doivent devenir le porte-avions de ce nouveau tourisme régional.

Les îles de la Méditerranée doivent se coordonner. Celles-ci doivent travailler à leurs objectifs communs et s’attaquer à leurs problèmes communs : changement climatique, rentabilité, saisonnalité, etc. Un projet de coopération pour un marché touristique méditerranéen cohérent et efficace est nécessaire. Consolider une “marque méditerranéenne” et un tourisme rentable aligné sur les objectifs de développement.  Sans un plan global pour consolider son leadership, le redressement et la durabilité à long terme sont en danger. Nous ne pouvons pas compromettre les besoins futurs par une mauvaise stratégie et une mauvaise gestion d’aujourd’hui.

Les îles sont des destinations de vacances particulières, elles font partie de notre culture et de notre imaginaire, surtout en Méditerranée pendant l’été. Mais l’impact du modèle touristique actuel, comme les déchets marins sur les plages, est particulièrement visible sur les îles. Nous devons profiter de la situation générée par la pandémie pour repenser le modèle.

Autrefois, le secteur du tourisme a démontré sa capacité à surmonter les crises et à s’adapter au changement, à stimuler la croissance et à créer des emplois, malgré les défis économiques et géopolitiques, le terrorisme et les catastrophes naturelles.

Les îles de la Méditerranée peuvent sortir de la pandémie plus fortes, et demeurer un moteur de l’économie. Mais les gouvernements et le secteur privé doivent travailler ensemble pour surmonter l’impact de la pandémie et cette crise sociale et économique sans précédent.

Il est important de promouvoir le tourisme dans les îles méditerranéennes. Mais cela nécessitera une stratégie et des instruments dans lesquels toutes les parties prenantes devront être impliquées. Les décideurs politiques nationaux et régionaux doivent utiliser de nouvelles approches pour apporter une réponse solide afin d’aider le secteur à se rétablir. Des cadres politiques, réglementaires et institutionnels, comprenant des incitations suffisantes, sont nécessaires pour stimuler le développement de l’offre et de la capacité de production. Une stratégie commune pour faire en sorte que le secteur du tourisme en Méditerranée devienne résilient, durable, inclusif et compétitif.

Le tourisme communautaire favorise également un comportement responsable des consommateurs, en encourageant des échanges culturels et une compréhension plus profonde que le tourisme traditionnel de plage et de soleil. Il ne faut pas oublier l’importance de la sensibilisation des visiteurs. Les consommateurs sont un puissant moteur de changement. Leurs voix et leurs demandes ont le pouvoir d’améliorer l’économie et le bien-être.

La pandémie peut constituer un tournant pour les économies des îles méditerranéennes et, à partir de là, pour l’ensemble de la région. Nous savons que nous devons réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre. Nous vivons une quatrième révolution industrielle, avec de nouveaux outils numériques, qui sont un puissant accélérateur d’inclusion, de compétitivité et de coopération qui renforce la durabilité. Depuis la crise financière mondiale de 2008, nous savons que nous devons évoluer. Alors qu’historiquement, le tourisme a démontré une grande capacité à s’adapter, à innover et à se remettre de l’adversité, cette situation sans précédent exige de nouvelles approches, une réponse forte et un partenariat à plusieurs niveaux.

Ferdinand Braudel disait que « la Méditerranée n’est pas un paysage mais d’innombrables paysages. Il ne s’agit pas d’une mer mais d’une série de mers ». La Méditerranée est une mer d’îles et attire donc des millions de visiteurs du monde entier. Face aux pandémies, à l’incertitude économique et au défi permanent que représente le changement climatique, nous pouvons relever les défis de l’avenir pour la durabilité à long terme des îles méditerranéennes.