Events Ascame/ mars 13, 2025/ En vedette, Institutionnelle
ASCAME est l’un des partenaires stratégiques d’AfricaMed Business Forum, qui joue un rôle crucial dans la promotion de l’inclusion des femmes à tous les niveaux de l’entreprise en valorisant leurs contributions et en facilitant les échanges nécessaires pour surmonter les barrières existantes. Cette initiative a été lancée en 2023 par Mme. Loubna Karroum, entrepreneuse et PDG de Kardev, qui est devenue un exemple et une source d’inspiration pour les jeunes femmes africaines en créant un écosystème commercial plus équitable. Mme. Karroum s’est engagée à améliorer la visibilité des femmes dans le paysage entrepreneurial et à lutter contre les inégalités entre les sexes au Maroc et dans le bassin méditerranéen. Dans l’interview qui suit, cette femme entrepreneur parle du rôle crucial des femmes dans la scène africaine des start-up et réfléchit aux principaux obstacles qui restent à surmonter pour parvenir à l’égalité des sexes en Afrique et en Méditerranée.
Comment le forum d’affaires AfricaMed a-t-il contribué à une meilleure inclusion des femmes à tous les niveaux des entreprises dans la région MENA?
Le forum d’affaires AfricaMed est devenu un puissant signal de changement, plaçant les femmes au cœur de ces échanges économiques. Il démontre également que les femmes peuvent agir en tant que facilitatrices et dirigeantes d’entreprises dans des secteurs souvent dominés par les hommes. Lors de chaque édition du forum, un panel est toujours consacré aux femmes entrepreneurs. Ces sessions sont conçues pour aborder les défis uniques auxquels elles sont confrontées, ainsi que les opportunités qui s’offrent à elles. Par exemple, lors d’une récente édition, nous avons réuni un groupe diversifié de femmes leaders pour discuter de sujets tels que l’accès au financement, le mentorat et les stratégies de réseautage efficaces. Ces échanges permettent non seulement de partager des expériences, mais aussi d’initier des collaborations à travers le continent et au-delà. Un exemple concret de cet impact est la création de partenariats entre des entreprises dirigées par des femmes et des institutions financières, facilitée par les réunions et les discussions tenues lors du forum. Ce type d’interaction contribue à renforcer la visibilité des femmes dans le paysage entrepreneurial et les encourage à s’engager dans des initiatives de croissance économique.
En tant que femme chef d’entreprise, quels ont été les principaux obstacles que vous avez dû surmonter?
J’ai dû surmonter plusieurs obstacles qui reflètent les défis communs auxquels sont confrontées de nombreuses femmes dans le monde des affaires. L’un des principaux obstacles a été de gagner et de conserver la confiance, à la fois en moi-même et aux yeux de mes partenaires et des acteurs du secteur. En tant que jeune femme, j’ai souvent dû travailler plus dur pour prouver mes compétences et ma valeur dans un environnement professionnel prédisposé à sous-estimer les femmes, en particulier dans les rôles de direction. Pour gagner cette confiance, j’ai dû constamment démontrer ma capacité à gérer des projets et à obtenir des résultats tangibles. Un autre obstacle a été la gestion des stéréotypes sexistes persistants dans la sphère entrepreneuriale. J’ai été confrontée à des préjugés qui peuvent rendre difficile l’engagement avec des partenaires ou des investisseurs potentiels. Pour y remédier, j’ai travaillé sur mon image personnelle et professionnelle, en investissant dans mon développement personnel et académique pour renforcer ma crédibilité. En outre, l’accès au financement et aux ressources reste un défi pour les femmes entrepreneurs. J’ai dû naviguer dans des systèmes biaisés pour établir des partenariats financiers et accéder à des opportunités qui sont souvent plus facilement accessibles à mes homologues masculins.
Dans quelle mesure les femmes deviennent-elles une force incontournable sur la scène des start-ups en Afrique?
Les femmes deviennent de plus en plus une force indéniable sur la scène des start-ups en Afrique, représentant une part significative de la population et des entrepreneurs. Selon une étude menée par le McKinsey Global Institute, les femmes pourraient contribuer à la croissance économique mondiale à hauteur de 28.000 milliards de dollars d’ici 2025 si les obstacles à leur participation économique étaient éliminés. En Afrique, les statistiques montrent que les femmes représentent environ 49% de la population et, dans certaines régions, elles sont responsables d’une part croissante des nouvelles entreprises et du développement économique. Les contributions des femmes au monde des start-up peuvent être observées dans divers secteurs, notamment la technologie, l’agriculture et les services. Par exemple, en 2020, la plateforme de financement pour les femmes entrepreneurs, She Leads Africa, a révélé que les start-ups dirigées par des femmes ont non seulement de meilleures performances financières, mais ont également tendance à avoir un impact social plus fort en intégrant des pratiques durables et inclusives. Il est également essentiel de reconnaître que les femmes possèdent une intelligence émotionnelle précieuse, qui peut être un atout dans le leadership entrepreneurial. Contrairement à la croyance selon laquelle l’émotivité peut être un obstacle, l’intelligence émotionnelle permet aux femmes de faire preuve de résilience, de renforcer leurs réseaux et d’adopter des approches collaboratives qui favorisent l’innovation et la créativité.
Les femmes pourraient contribuer à la croissance économique mondiale à hauteur de 28 000 milliards de dollars d'ici 2025 si les obstacles à leur participation économique étaient éliminés. En Afrique, les statistiques montrent que les femmes représentent environ 49 % de la population et, dans certaines régions, elles sont à l'origine d'une part croissante des nouvelles entreprises et du développement économique
Pourriez-vous donner des exemples de femmes africaines chefs d’entreprise qui ont inspiré les jeunes générations?
Il est essentiel de mettre en lumière les femmes entrepreneurs qui ont non seulement réussi dans leur domaine, mais qui inspirent également les jeunes générations par leur engagement et leurs réalisations. J’en veux pour preuve la contribution de Mmes. RON Ousmane et Rabiatou Arzika à l’initiative réussie de l’Union Africaine, qui vise à soutenir les femmes africaines dans le secteur de la transformation en leur apportant une assistance allant de la formation au financement. Parmi les autres femmes éminentes, nous avons Mme. Khadija Tamda, PDG du Groupe Maroc Force Emploi, une figure influente dans le secteur de l’intérim au Maroc. Elle représente un exemple de leadership dans un domaine encore largement dominé par les hommes. Mme. Danièle Sassou Nguesso, Présidente de la Fondation Sounga au Congo-Brazzaville, consacre ses efforts à l’autonomisation des femmes et au développement des enfants.
Mme. Aissata Sidibé, pionnière dans le domaine des médias, a ouvert la voie à la voix féminine en Afrique, tandis que Mme. Rebecca Enonchong, Fondatrice d’AppsTech au Cameroun, défend les droits des femmes dans le secteur technologique, facilitant l’accès des femmes aux opportunités dans ce domaine en pleine expansion. Mme. Eleni Gabre-Madhin, connue pour son engagement en faveur de l’agriculture en Éthiopie, a transformé les communautés locales grâce à des initiatives durables. Enfin, Mme. Fatoumata Ba, leader dans le secteur des technologies, continue d’encourager les femmes à s’engager dans la création d’entreprises et l’innovation.
Selon vous, quelles sont les principales clés pour lutter contre les inégalités entre les hommes et les femmes en Méditerranée?
Pour lutter contre les inégalités entre les hommes et les femmes en Méditerranée, il est essentiel de mobiliser des initiatives qui s’attaquent directement aux causes profondes de ces disparités. L’un des réseaux les plus prometteurs dans ce domaine est l’African Women Leader Network (AWLN), qui est une initiative conjointe de l’Union Africaine et des Nations Unies. Cette initiative est facilitée par S.E. Mme. Bineta Diop, l’envoyée spéciale de l’Union Africaine pour les femmes, la paix et la sécurité, et bénéficie du soutien administratif de la Direction des Femmes, du Genre et de la Jeunesse (WGYD). En réunissant diverses parties prenantes, le réseau AWLN favorise un dialogue constructif et l’échange d’expériences qui contribuent à renforcer la voix des femmes dans les processus de prise de décision politique et économique. Lors de la récente Assemblée de l’Union africaine, les efforts d’AWLN ont été couronnés par l’adoption d’une convention sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles. En adoptant ce cadre, les pays africains affirment leur engagement à mettre en œuvre des politiques et des programmes destinés à protéger les droits des femmes et à garantir leur accès à l’éducation, à la santé et aux opportunités économiques. Cette démarche est essentielle pour faire évoluer les mentalités et instaurer une véritable égalité entre les hommes et les femmes. Pour maximiser l’impact d’initiatives telles que le réseau AWLN, il est également important de renforcer la coopération régionale.
Les pays africains affirment leur engagement à mettre en œuvre des politiques et des programmes destinés à protéger les droits des femmes et à garantir leur accès à l'éducation, à la santé et aux opportunités économiques. C'est indispensable pour faire évoluer les mentalités et instaurer une véritable égalité entre les hommes et les femmes
Quelles sont les principales différences entre le nord et le sud de la région méditerranéenne en termes de disparités entre les sexes et de postes à responsabilités?
Les différences entre les deux rives de la Méditerranée en termes d’écart entre les hommes et les femmes sont prononcées et reflètent des contextes socio-économiques, culturels et politiques distincts. Selon les rapports du Programme des Nations Unies pour le Développement (UNDP), le taux d’alphabétisation des femmes dans les pays du nord de la Méditerranée tels que la France, l’Espagne et l’Italie est d’environ 99%, ce qui facilite leur accès à l’éducation et, par conséquent, aux opportunités sur le marché du travail. En revanche, les pays du Sud comme l’Égypte et le Maroc ont des taux d’alphabétisation plus faibles, environ 66% pour les femmes en Égypte et 73% au Maroc, ce qui limite leur capacité à accéder à des emplois de qualité. Dans le contexte du marché du travail, les données montrent que la participation des femmes à la main-d’œuvre est nettement plus élevée dans les pays du Nord. Par exemple, en Espagne, le taux d’emploi des femmes est de près de 60%, alors qu’en Tunisie, il ne dépasse pas 26%.
Cela peut être attribué en partie à des politiques de soutien à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, telles que le congé parental et un meilleur accès aux services de garde d’enfants. En ce qui concerne la représentation aux postes de direction, les pays de la Méditerranée septentrionale affichent une proportion plus élevée de femmes dans ces fonctions. Selon un rapport de l’Institut Européen pour l’Égalité entre les Hommes et les Femmes, environ 36% des postes de direction dans le secteur public en Suède sont occupés par des femmes, alors que dans des pays comme le Maroc, ce chiffre est beaucoup plus bas, atteignant seulement 14%. En outre, des quotas ont été établis dans des pays comme la France, où au moins 40% des sièges dans les conseils d’administration doivent être occupés par des femmes, ce qui illustre un engagement fort en faveur de l’égalité des sexes. En ce qui concerne le cadre législatif, les pays du Nord disposent de lois plus solides pour promouvoir l’égalité des sexes, tandis que dans de nombreux pays du Sud, bien que des lois existent, leur application est souvent inadéquate.
Quelles sont les principales exigences que vous avez à l’égard des femmes d’affaires dans votre pays?
Les femmes d’affaires au Maroc jouent un rôle essentiel dans la dynamique économique du pays ; cependant, plusieurs exigences sont nécessaires pour renforcer leur position et aider les générations futures à réussir. Dans ce contexte, j’appelle à une implication plus importante des femmes entrepreneurs à travers des initiatives de mentorat et de parrainage. Celles qui ont réussi doivent prendre l’initiative de partager leurs expériences, car il est crucial d’inspirer les jeunes femmes à poursuivre leurs aspirations entrepreneuriales. Il est impératif que nous reconnaissions collectivement que l’entrepreneuriat n’est pas un parcours facile. C’est une bataille constante, souvent accompagnée d’un sentiment d’isolement, en particulier dans un cadre socioculturel conservateur comme le nôtre. Trop souvent, les femmes sont confrontées à des stéréotypes qui les amènent à douter de leurs capacités. En valorisant nos efforts et en faisant preuve de solidarité, nous pouvons non seulement briser ces stéréotypes, mais aussi créer un réseau de soutien inébranlable qui donne à chacun les moyens d’agir.
Trop souvent, les femmes sont confrontées à des stéréotypes qui les amènent à douter de leurs capacités. En valorisant nos efforts et en faisant preuve de solidarité, nous pouvons non seulement briser ces stéréotypes, mais aussi créer un réseau de soutien inébranlable qui donne à chacun les moyens d'agir
Quel est le rôle clé des Chambres de Commerce dans la réduction des discriminations et la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes en Méditerranée?
Les Chambres de Commerce jouent un rôle crucial dans la réduction des discriminations et la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes en Méditerranée. Elles peuvent promouvoir l’égalité des sexes en sensibilisant les entreprises aux questions de diversité et en proposant des formations sur l’inclusion. La création de réseaux de mentorat pour les femmes entrepreneurs faciliterait l’échange d’expériences et renforcerait leur développement professionnel. En outre, ils devraient collaborer avec les institutions financières pour faciliter l’accès au financement, ce qui permettrait aux femmes de surmonter les obstacles économiques. En organisant des événements et des ateliers sur le leadership féminin, elles peuvent également servir de plateformes d’inspiration et de partage des meilleures pratiques. En outre, en plaidant pour des politiques publiques inclusives et en soutenant la recherche sur l’impact des inégalités, les chambres de commerce peuvent contribuer de manière significative à l’établissement d’un environnement entrepreneurial plus équitable et plus inclusif. Ces efforts combinés sont essentiels pour transformer le paysage économique en Méditerranée et promouvoir l’égalité des chances pour toutes les femmes.
