Events Ascame/ juillet 8, 2026/ En vedette, Membres de l'Ascame

Nous avons interviewé M. Tayeb Chabab, Président de la Chambre Algérienne de Commerce et d’Industrie (CACI), qui nous a donné un point de vue complet sur l’évolution du paysage économique en Algérie et son rôle croissant dans la région méditerranéenne. Il a parlé de la diversification économique en cours dans le pays, des défis et opportunités pour les entreprises algériennes qui cherchent à accéder aux marchés européens et méditerranéens, et de l’importance stratégique de l’Algérie comme lien émergent entre l’Europe et l’Afrique.

Il a également souligné la contribution de la CACI aux réformes économiques nationales, son soutien au développement du secteur privé et ses efforts pour renforcer la coopération régionale via l’ASCAME. Les thèmes clés incluent le potentiel énergétique de l’Algérie, les grands projets d’infrastructures et d’industrie, la nécessité de moderniser les procédures commerciales et d’exportation, ainsi que l’importance de construire des partenariats de confiance avec des investisseurs étrangers. Enfin, M. Chabab expose la vision de la Chambre pour une future collaboration avec ASCAME ainsi que les projets stratégiques qui pourraient être développés conjointement dans les mois à venir.

L’Algérie est l’une des économies à la croissance la plus rapide en Afrique du Nord et en Méditerranée, et elle suit un nouveau modèle de développement pour se diversifier au-delà des hydrocarbures. Quels sont les principaux éléments de cette transformation ?
La transformation économique de l’Algérie est portée par le plan de réforme du président Abdelmadjid Tebboune, qui vise à réduire la dépendance du pays aux hydrocarbures et à promouvoir de nouveaux moteurs de croissance. Le pays privilégie désormais les énergies renouvelables, l’agriculture, l’exploitation minière, l’industrie moderne, le transfert de technologie, le tourisme et la pêche. Ces efforts sont soutenus par une sécurité renforcée, des progrès majeurs en matière de développement social, des infrastructures modernisées et un cadre juridique adapté à l’investissement. L’Algérie encourage l’investissement dans les secteurs productifs afin de réduire les importations et d’accroître la création de valeur locale. Elle offre des incitations importantes pour les coentreprises, y compris des avantages fiscaux et un accès préférentiel aux marchés publics. En retour, il s’attend à une utilisation accrue des intrants locaux, à une intégration nationale plus forte, à la réinjection des bénéfices fiscaux et à des soldes positifs en devises étrangères grâce à la substitution des importations et aux exportations futures.

Quelle est la contribution de votre Chambre à l’évolution du paysage économique de l’Algérie, et comment soutient-elle le développement du secteur privé alors que le pays diversifie son économie ?
La CACI joue un rôle central dans le soutien à la transformation économique du pays en renforçant les activités à forte valeur ajoutée telles que la gestion moderne, la formation pour de nouveaux métiers, les réseaux commerciaux internationaux et la compétitivité générale des entreprises. En travaillant en étroite collaboration avec le secteur privé, la CACI soutient la création de micro-entreprises et de start-ups, et contribue à la mise en œuvre de la stratégie nationale d’exportation, aidant les entreprises algériennes à se connecter aux chaînes de valeur mondiales. Cette approche améliore la visibilité internationale et permet aux nouvelles entreprises de bénéficier de l’expertise d’autres Chambres de Commerce, renforçant ainsi leur résilience, leur accès aux marchés et leur capacité de croissance. CACI aide également le gouvernement à identifier les secteurs prioritaires ayant de fortes retombées positives, comme l’industrie, l’agriculture, les TIC, le tourisme et les nouveaux services, tout en aidant les entreprises à s’implanter sur de nouveaux marchés, à construire des partenariats stratégiques et à améliorer leur compétitivité.

Au niveau national, le CACI collabore avec les ministères, les organes consultatifs, les centres de recherche, le milieu universitaire, les partenaires sociaux et les organisations du secteur privé pour garantir un cadre de partenariat large et efficace.

L'Algérie encourage l'investissement dans les secteurs productifs pour réduire les importations et augmenter la création de valeur locale. Elle offre des incitations importantes pour les coentreprises, comme des avantages fiscaux et un accès préférentiel aux marchés publics. En contrepartie, elle s'attend à une utilisation plus importante des intrants locaux, à une intégration nationale plus élevée, à la réinjection des bénéfices fiscaux et à des soldes positifs en devises grâce à la substitution des importations et aux futures exportations

Le premier Forum d’affaires Espagne–Algérie, qui s’est tenu en mai et co-organisé par l’ASCAME, la Chambre de commerce de Barcelone et le Forum d’affaires algéro-espagnol, a rassemblé plus de 80 entreprises espagnoles et catalanes et a mis en évidence le fort potentiel de collaboration entre nos deux pays. De votre point de vue, comment les relations économiques entre l’Espagne et l’Algérie évoluent-elles aujourd’hui ?
L’Algérie est un marché naturel, proche et stratégique pour les entreprises espagnoles. L’augmentation constante des flux commerciaux et de l’activité d’investissement montre clairement que les relations économiques algéro-espagnoles progressent positivement. La dynamique actuelle reflète une excellente coopération et croissance entre les deux communautés d’affaires.

Comment votre Chambre travaille-t-elle pour maximiser les opportunités liées au rôle croissant de l’Algérie dans le paysage énergétique méditerranéen et africain ?
Le rôle énergétique croissant de l’Algérie en Méditerranée et en Afrique crée de grandes opportunités, et la Chambre s’efforce de les maximiser en soutenant des partenariats stratégiques au nord et au sud. Un exemple clé est le gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Europe via l’Algérie, un projet qui renforce l’intégration régionale et la sécurité énergétique. L’Algérie vise à devenir un connecteur central entre les systèmes énergétiques africains et méditerranéens en investissant dans des infrastructures modernes, des énergies plus propres et en élargissant sa capacité de production et de transport. La coopération régionale est un pilier essentiel de cette stratégie. Aujourd’hui, l’Algérie se positionne non seulement comme un fournisseur d’énergie, mais comme un pont stratégique entre l’économie mature de l’Europe et les marchés africains en rapide expansion. Le but est de transformer cette géographie en un avantage économique en développant des flux industriels, logistiques et énergétiques à forte valeur ajoutée entre les deux régions.

Quels sont les principaux défis auxquels les entreprises algériennes sont confrontées lorsqu’elles accèdent aux marchés européens et méditerranéens ?
Bien que l’accord de partenariat UE–Algérie inclue plusieurs protocoles sur l’agriculture et les produits alimentaires, les exportateurs algériens rencontrent toujours d’importantes barrières non tarifaires lorsqu’ils entrent sur les marchés européens. Ces défis incluent des spécifications techniques strictes, des exigences en matière d’emballage et de taille, des normes de santé animale et des procédures douanières complexes. Dans certains cas, les entreprises font aussi face à des retards bureaucratiques et à une application irrégulière des normes aux points d’entrée de l’UE, ce qui augmente les coûts et affecte la qualité des produits agricoles frais. Pour y remédier, les efforts se poursuivent pour simplifier les contrôles techniques et sanitaires, garantir des procédures transparentes et non discriminatoires, et améliorer la clarté et l’efficacité des processus d’inspection et de conformité pour les exportations algériennes.

Après plus de vingt ans de mise en œuvre, de nombreux acteurs estiment que l’accord devrait être révisé pour mieux refléter les objectifs actuels de diversification de l’Algérie. L’impact limité sur l’investissement productif européen et les bénéfices modestes pour les exportateurs algériens ont déclenché un débat économique plus large sur la façon d’améliorer et de rééquilibrer le cadre de coopération pour un bénéfice mutuel.

Selon vous, quels éléments clés les entreprises devraient-elles prendre en compte pour réussir leur entrée sur le marché algérien ?
L’Algérie est l’une des économies les plus prometteuses d’Afrique du Nord, soutenue par d’importantes ressources énergétiques et de grands projets de modernisation et d’industrialisation. Pour les entreprises étrangères, la réussite commence par la compréhension du contexte économique actuel, la construction de partenariats basés sur la confiance et l’adaptation des stratégies à un marché en rapide évolution. Les principaux avantages incluent la position stratégique de l’Algérie entre l’Europe et l’Afrique, des ressources naturelles et humaines abondantes, une économie de plus en plus ouverte et compétitive, des accords commerciaux préférentiels, l’égalité de traitement des investisseurs étrangers et locaux, des procédures administratives simplifiées et des infrastructures en amélioration continue. En bref, l’Algérie offre un fort potentiel pour les entreprises prêtes à s’engager sur son marché, investir dans des partenariats locaux et s’aligner sur sa transformation économique.

Aujourd'hui, l'Algérie se positionne non seulement comme un fournisseur d'énergie, mais aussi comme un pont stratégique entre l'économie mature de l'Europe et les marchés en pleine expansion de l'Afrique. L'objectif est de transformer cette géographie en un avantage économique en développant des flux industriels, logistiques et énergétiques à forte valeur ajoutée entre les deux régions

Les membres de l’ASCAME ont beaucoup apprécié votre participation au Comité exécutif qui s’est tenu à Marseille en avril dernier. Pour l’avenir, quel rôle imaginez-vous pour votre Chambre au sein de l’ASCAME dans les mois à venir ?
Je tiens à remercier le Dr. Josep Santacreu, Président de l’ASCAME, pour son invitation et pour avoir confirmé ma position de Vice-Président au sein du comité exécutif. Je suis convaincu que le réseau des Chambres de l’ASCAME joue un rôle vital comme pont entre les institutions et les entreprises, en particulier les PME. Dans cet esprit, je soutiens pleinement les initiatives qui renforcent la coopération régionale, le développement économique et l’intégration méditerranéenne. Notre Chambre continuera à contribuer à des actions conjointes qui favorisent l’investissement, les partenariats et la compétitivité de la région, tout en renforçant la position de l’Algérie en tant que pôle économique émergent.

Quels projets communs CACI et ASCAME pourraient-ils développer à court et moyen terme ?
Mon objectif est de proposer des projets et des idées stratégiques élaborés grâce à des discussions inclusives et participatives avec les acteurs économiques d’ASCAME. Notre coopération se concentrera sur des initiatives qui reflètent des priorités communes et créent une valeur tangible pour la communauté d’affaires méditerranéenne.

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