Events Ascame/ janvier 16, 2026/ En vedette, Membres de l'Ascame
À l’heure où la Bosnie-Herzégovine se rapproche de l’Union Européenne et où la région méditerranéenne entre dans une nouvelle phase de coopération, M. Muamer Mahmutović, Président de la Chambre d’Économie du Canton de Sarajevo, partage sa vision de la transformation économique du canton. Dans l’interview qui suit, M. Mahmutović offre un aperçu complet des opportunités et des défis qui façonneront l’avenir économique du Canton. Il revient sur les priorités stratégiques de la Chambre, qui vont de la préparation des entreprises à l’adhésion à l’UE et au renforcement des secteurs industriels clés à l’introduction du système d’enseignement et de formation professionnels (EFP) en Bosnie-Herzégovine. M. Mahmutović souligne également l’importance croissante d’une coopération plus étroite entre l’Europe, les Balkans et l’ensemble de la région méditerranéenne. Pour lui, il ne s’agit pas simplement d’une question d’échanges économiques, mais d’une nécessité stratégique à un moment où la fragmentation mondiale, les changements dans les chaînes d’approvisionnement et les tensions géopolitiques remodèlent la dynamique régionale. Il souligne comment les Chambres de Commerce méditerranéennes peuvent servir de ponts, en facilitant le dialogue, en harmonisant les normes, en favorisant la mobilité des compétences et en soutenant des initiatives conjointes qui renforcent la compétitivité des deux côtés de la Méditerranée.
Comment définiriez-vous la mission actuelle et les priorités stratégiques de la Chambre d’économie du canton de Sarajevo?
Notre Chambre s’attache à créer un environnement compétitif et favorable aux entreprises qui soutient une croissance économique durable. Sa mission principale consiste à promouvoir des politiques qui améliorent les conditions fiscales et d’investissement, en mettant particulièrement l’accent sur le renforcement des PME. Grâce à des initiatives ciblées et à un dialogue continu avec les institutions publiques, la Chambre s’efforce de créer des conditions plus favorables au développement des entreprises et à l’innovation. L’une de ses principales priorités est de préparer ses membres aux opportunités et aux obligations liées au processus d’adhésion de la Bosnie-Herzégovine à l’Union Européenne. La Chambre s’engage également à développer les capacités de son propre personnel, afin qu’il soit pleinement armé pour soutenir les entreprises tout au long de cette transition et contribuer efficacement à l’alignement de l’économie locale sur les normes européennes.
Quels sont les secteurs qui stimulent actuellement la croissance économique dans le canton de Sarajevo, et quels sont les défis auxquels ils sont confrontés? Comment la Chambre soutient-elle leur développement continu?
L’industrie métallurgique reste le principal moteur de la croissance économique dans le Canton de Sarajevo, notamment grâce à ses excellentes performances à l’exportation sur les marchés de l’UE. Cela inclut les industries automobile, électrique et spécialisée, qui constituent ensemble l’épine dorsale de la production industrielle de la région. Viennent ensuite les secteurs du bois et de l’ameublement, ainsi que l’industrie informatique en pleine expansion, qui continue de gagner en importance sur les marchés nationaux et internationaux. Le principal défi auquel ces secteurs sont confrontés est de s’adapter à l’évolution des réglementations et des normes de l’UE. Pour garantir la conformité, il faut procéder à des ajustements importants de la législation nationale et des pratiques commerciales, ce qui peut être difficile pour les entreprises locales qui cherchent à maintenir leur compétitivité. La Chambre soutient ces secteurs en fournissant des conseils sur les changements réglementaires, en plaidant en faveur d’un alignement législatif sur les exigences de l’UE et en proposant des formations et des services de conseil ciblés.
Comment la Chambre œuvre-t-elle pour renforcer la compétitivité des entreprises locales sur les marchés nationaux et internationaux?
Nous recueillons en permanence des informations sur les problèmes auxquels elles sont confrontées et, parallèlement, nous leur proposons des solutions dans le cadre de consultations individuelles. Nous organisons des séminaires sur les thèmes de la compétitivité dans l’UE et en Bosnie-Herzégovine. La Chambre représente leurs intérêts auprès des autorités compétentes afin de simplifier les procédures. Nous soumettons des initiatives visant à modifier les solutions juridiques existantes afin de faciliter leurs activités.
Quelles initiatives sont actuellement mises en œuvre pour attirer les investissements étrangers dans le canton de Sarajevo, et quel message souhaitez-vous transmettre aux partenaires et investisseurs internationaux?
La Chambre joue depuis longtemps un rôle actif dans la création d’un climat d’investissement plus attractif dans le Canton de Sarajevo, notamment en initiant l’adoption de cadres juridiques destinés à soutenir les investisseurs nationaux et étrangers. Aujourd’hui, ces efforts sont complétés par une série de mesures incitatives mises en place par le gouvernement du Canton de Sarajevo, visant à encourager les nouveaux investissements et à renforcer la compétitivité de la région. Afin de promouvoir ces opportunités, la Chambre participe à de nombreuses conférences nationales et internationales, à des forums d’affaires et à des événements liés à l’investissement. Grâce à ces plateformes, nous présentons le potentiel économique du Canton de Sarajevo, mettons en avant les secteurs prioritaires et entrons directement en contact avec des investisseurs à la recherche de marchés fiables et dynamiques.
La Chambre joue depuis longtemps un rôle actif dans la création d'un climat d'investissement plus attractif dans le Canton de Sarajevo, notamment en initiant l'adoption de cadres juridiques destinés à soutenir les investisseurs nationaux et étrangers. Aujourd'hui, ces efforts sont complétés par une série de mesures incitatives mises en place par le gouvernement du Canton de Sarajevo, visant à encourager les nouveaux investissements et à renforcer la compétitivité de la région
La Chambre dispose d’un département dédié à l’intégration européenne. Comment évaluez-vous l’état de préparation des entreprises du Canton de Sarajevo à l’adhésion à l’UE et au processus d’alignement sur les normes européennes?
Nous soutenons activement la communauté des entreprises du Canton de Sarajevo dans sa préparation à l’adhésion à l’UE en organisant un large éventail de formations, de tables rondes et de séminaires. Ces activités visent à familiariser les entreprises avec les réglementations européennes dans divers secteurs économiques et à les aider à comprendre comment les nouvelles tendances européennes et mondiales peuvent influencer leurs activités et leur compétitivité. L’un des défis les plus urgents concerne actuellement les entreprises de transport. En raison des règles européennes en vigueur, les chauffeurs routiers de Bosnie-Herzégovine sont toujours considérés comme des touristes, ce qui limite leur séjour dans l’UE à 90 jours sur une période de 180 jours. Comme ils ne sont pas encore reconnus comme des chauffeurs professionnels exemptés de cette règle, les entreprises sont confrontées à d’importantes contraintes opérationnelles. La Chambre continue de plaider en faveur de solutions à ce problème tout en guidant les entreprises concernées dans leur transition vers une mise en conformité totale avec les normes européennes.
Quels projets ou initiatives conjoints l’ASCAME et la Chambre pourraient-ils développer pour renforcer l’intégration économique entre les Balkans et la région méditerranéenne au sens large?
L’un des défis les plus urgents communs à l’UE, aux Balkans et à la région méditerranéenne est la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, due notamment à la reconnaissance limitée des qualifications professionnelles entre les pays. Une initiative conjointe axée sur l’élaboration de programmes de formation standardisés, mutuellement reconnus dans tous les pays partenaires méditerranéens, faciliterait considérablement la mobilité de la main-d’œuvre et contribuerait à combler ce déficit structurel. De tels programmes permettraient non seulement aux travailleurs de se déplacer plus facilement entre les marchés, mais aideraient également les entreprises à accéder aux compétences dont elles ont besoin pour rester compétitives. En réduisant les obstacles à la mobilité, ce type de coopération renforcerait l’intégration économique, contribuerait à un développement régional plus équilibré et aiderait à atténuer les pressions migratoires. Un projet de cette nature, développé en partenariat avec l’ASCAME, aurait une valeur stratégique considérable pour l’ensemble de la région méditerranéenne.
Comment la Chambre renforce-t-elle la coopération avec ses homologues à travers l’Europe, la Méditerranée et les Balkans? Pourriez-vous citer des accords ou des initiatives qui illustrent particulièrement bien cette collaboration?
La Chambre entretient une coopération active avec de nombreuses Chambres de Commerce dans les capitales de l’UE, dans toute la région et au-delà, officialisée par un vaste réseau d’accords bilatéraux. Ces partenariats permettent un échange continu d’expertise, des activités conjointes et des liens institutionnels plus solides qui soutiennent la communauté des affaires du canton de Sarajevo. L’un des principaux domaines de collaboration actuels est l’introduction du système d’enseignement et de formation professionnels (EFP) en Bosnie-Herzégovine. Cela comprend la promotion d’une législation qui permettra aux élèves des écoles professionnelles secondaires d’apprendre par le biais de travaux pratiques, donnant ainsi aux entreprises, tant nationales qu’étrangères, la possibilité d’investir directement dans le développement d’une main-d’œuvre qualifiée adaptée à leurs besoins.
Nous mettons en œuvre ces projets en coopération avec des partenaires européens qui nous transmettent leurs connaissances en matière de réglementation européenne et financent en partie ces processus de réforme. Cet effort conjoint illustre comment les partenariats internationaux peuvent contribuer directement à renforcer la compétitivité, à améliorer les compétences et à soutenir le développement économique à long terme dans le Canton de Sarajevo.
Quels partenariats la Chambre a-t-elle établis avec des universités, des incubateurs et des associations afin de favoriser les nouvelles initiatives commerciales et de renforcer l’écosystème entrepreneurial?
La Chambre a signé des accords de coopération avec l’Université de Sarajevo et un grand nombre d’institutions et de facultés locales. Nous sommes membres réguliers du Conseil de la faculté d’économie et nous coopérons étroitement avec eux sur toutes les questions relatives à l’amélioration de l’économie, car nous avons toujours pensé que les avantages de la pratique et des connaissances doivent être mis à profit pour trouver les meilleures solutions afin d’améliorer l’écosystème entrepreneurial.
Selon vous, quels sont les facteurs clés nécessaires pour établir des partenariats public-privé efficaces, non seulement au sein des écosystèmes d’innovation, mais aussi dans tous les secteurs économiques?
Tout d’abord, il faut disposer de lois de qualité sur la coopération public-privé, puis être disposé à définir d’abord ce qui relève de l’intérêt public, puis à laisser le secteur privé gérer ces processus sous une supervision stricte. Ce que nous avons pu observer dans la pratique au cours de la période écoulée, c’est que ce processus a parfois été engagé sans que l’intérêt public soit clairement défini, puis qu’il a été utilisé au profit de certaines entreprises privées. Dans ce cas, l’intérêt public est perdu de vue à long terme et seul l’intérêt privé reste au centre des préoccupations. Les partenariats public-privé sont essentiels pour faire progresser tous les secteurs économiques, mais leur succès dépend de réglementations claires, de rôles bien définis et de mécanismes de supervision solides qui garantissent que la valeur publique reste au centre de chaque initiative.
L'un des défis les plus urgents auxquels sont confrontés l'UE, les Balkans et la région méditerranéenne est la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, due notamment à la reconnaissance limitée des qualifications professionnelles entre les pays. Une initiative conjointe avec l'ASCAME axée sur l'élaboration de programmes de formation standardisés, mutuellement reconnus dans tous les pays partenaires méditerranéens, faciliterait considérablement la mobilité de la main-d'œuvre et contribuerait à combler ce déficit structurel
Lors du récent « Forum économique et commercial euro-méditerranéen 2025 » à Barcelone, vous avez souligné l’importance d’adopter une approche triple hélice pour stimuler l’innovation dans toute la région méditerranéenne. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette idée?
Le modèle triple hélice repose sur une coopération étroite entre les universités, l’industrie et les pouvoirs publics afin d’accélérer l’innovation et le développement économique et social. Lorsque ces trois acteurs travaillent ensemble – en partageant leurs connaissances, en harmonisant leurs réglementations et en soutenant la commercialisation –, de nouvelles institutions hybrides voient le jour, telles que des bureaux de transfert de technologie, des parcs scientifiques et des centres de recherche communs. Le modèle triple hélice de l’innovation repose sur les interactions entre les trois éléments suivants et leur « rôle initial » associé: les universités qui mènent des recherches fondamentales, les industries qui produisent des biens commerciaux et les gouvernements qui réglementent les marchés.
À mesure que les interactions se multiplient dans ce cadre, chaque composante évolue pour adopter certaines caractéristiques de l’autre institution, ce qui donne naissance à des institutions hybrides. Cette approche estompe les frontières traditionnelles: les universités s’engagent davantage dans la recherche appliquée et l’entrepreneuriat, les entreprises investissent dans les compétences et la R&D, et les gouvernements créent des cadres réglementaires favorables. Il en résulte un écosystème d’innovation plus dynamique, capable de générer, de transférer et d’appliquer les connaissances plus efficacement. Pour la région méditerranéenne, l’adoption d’un modèle à triple hélice est essentielle pour renforcer la compétitivité, favoriser les talents et soutenir une croissance durable. Les Chambres de Commerce peuvent jouer un rôle clé en reliant ces trois sphères, en facilitant la collaboration et en veillant à ce que les efforts d’innovation répondent aux besoins économiques réels.
Quels sont les principaux défis auxquels vous prévoyez que l’économie du canton de Sarajevo sera confrontée au cours de la prochaine décennie, et comment la Chambre se prépare-t-elle à les relever?
L’un des plus grands défis à venir est l’adhésion de la Bosnie-Herzégovine à l’UE, qui apportera à la fois des opportunités importantes et des risques réels. D’une part, les entreprises auront accès à un marché beaucoup plus vaste, offrant un plus grand potentiel d’exportation de biens et de services. D’autre part, les producteurs nationaux pourraient être confrontés à une concurrence plus forte, les produits de l’UE pouvant pénétrer plus facilement sur notre marché. La Chambre se prépare en aidant les entreprises à comprendre les règles de l’UE, à renforcer leur compétitivité et à s’adapter aux nouvelles conditions afin qu’elles puissent tirer parti de l’intégration plutôt que d’en être pénalisées.
Quelle est votre vision du rôle que jouera la Chambre dans le soutien aux entreprises du canton de Sarajevo au cours des cinq prochaines années?
Au cours des cinq prochaines années, la priorité de la Chambre sera d’aider les entreprises à se préparer à l’adhésion à l’UE en les guidant à travers les normes et réglementations qui façonneront leurs activités futures. Une autre tâche centrale consistera à soutenir la mise en place du nouveau système d’enseignement et de formation professionnels, en veillant à ce que les entreprises comprennent la loi, leurs responsabilités et les opportunités qu’elle crée pour développer une main-d’œuvre qualifiée adaptée à leurs besoins. Il s’agit d’une réforme systémique majeure, et la Chambre s’engage à renforcer ses capacités afin de pouvoir soutenir efficacement les entreprises tout au long de cette transition.
Les Chambres de Commerce jouent un rôle clé dans la mise en relation des universités, des entreprises et des pouvoirs publics afin d'accélérer l'innovation et le développement économique et social. Lorsque ces trois acteurs travaillent ensemble – en partageant leurs connaissances, en harmonisant leurs réglementations et en soutenant la commercialisation –, de nouvelles institutions hybrides voient le jour, telles que des bureaux de transfert de technologie, des parcs scientifiques et des centres de recherche communs
Comment évaluez-vous le nouveau chapitre que l’ASCAME ouvre avec le renouvellement de sa présidence et de son bureau? Et comment voyez-vous la nouvelle phase dans laquelle entre la Méditerranée avec le Pacte Méditerranéen et la Déclaration de Barcelone, récemment approuvés avec des entreprises d’Afrique, d’Europe et du monde arabe?
La Chambre d’Économie du Canton de Sarajevo est fière de contribuer au travail de l’ASCAME et nous saluons l’énergie renouvelée apportée par la nouvelle présidence et le nouveau bureau. Nous pensons que ce leadership donnera un nouvel élan à la mise en œuvre de la Déclaration de Barcelone et à la mission plus large de l’ASCAME. La coopération en Méditerranée est l’un des impératifs pour l’amélioration économique, la croissance et le développement de toute la région, en particulier à la lumière des événements actuels de défragmentation mondiale. Seules une action commune et des solutions partagées permettront de progresser. Dans cette nouvelle phase, nous voyons l’ASCAME jouer un rôle central en tant que pont entre les économies méditerranéennes, soutenue par un engagement plus fort des institutions européennes.
