Oscar Maronda/ octobre 13, 2026/ En vedette, Les tendances
Les coûts énergétiques conditionnent la capacité de l’Europe à créer des entreprises, à maintenir la production et à attirer les investissements. Pour les entrepreneurs, le coût élevé et l’imprévisibilité des prix de l’électricité, du gaz et des carburants de transport réduisent les marges et compliquent la planification de leur expansion. Le défi porte à la fois sur l’accessibilité financière et la prévisibilité : une entreprise doit savoir si elle pourra rester compétitive pendant toute la durée de vie d’un investissement.
L’enquête sur l’investissement 2025 de la Banque européenne d’investissement a révélé que 75% des entreprises de l’UE considéraient les coûts énergétiques comme un obstacle à l’investissement. Cela illustre l’impact de l’énergie sur les décisions économiques dans l’ensemble de l’économie, au-delà des secteurs les plus énergivores. Les prix ont également connu des périodes d’amélioration. Eurostat a fait état d’un prix moyen de l’électricité hors ménages dans l’UE de 0,1837 €/kWh au second semestre 2025, en baisse de 3,5% par rapport au semestre précédent. Cet indicateur concerne les entreprises consommant entre 500 et 2.000 MWh par an ; il ne reflète pas les tarifs pratiqués pour toutes les PME ni les prix actuels d’octobre 2026.
Les PME sont confrontées à une adaptation particulièrement difficile. Les petites entreprises disposent souvent d’un pouvoir de négociation moindre vis-à-vis de leurs fournisseurs, de ressources plus limitées pour gérer les risques liés aux prix et d’un accès restreint au financement nécessaire à la mise en œuvre de mesures d’amélioration de l’efficacité énergétique. Une étude de la BEI met en évidence les obstacles liés au financement et à la mise en œuvre des investissements en matière d’efficacité énergétique au sein des petites entreprises.
Un exemple de calcul illustre bien à quel point les bénéfices sont sensibles à ces variations. Une entreprise dont le chiffre d’affaires annuel s’élève à 1 million d’euros, dont le résultat d’exploitation est de 50.000 euros et dont les dépenses énergétiques s’élèvent à 40.000 euros perdrait 10.000 euros si sa facture énergétique augmentait de 25%, en supposant que tous les autres facteurs restent inchangés. Le résultat d’exploitation baisserait de 20%, alors même que cette dépense supplémentaire ne représenterait que 1% du chiffre d’affaires.
Il existe également des opportunités entrepreneuriales. La demande en matière d’efficacité énergétique, de production d’énergie renouvelable, de stockage, de rénovation des bâtiments et de services de gestion énergétique peut créer de nouveaux marchés. Cependant, la capacité à saisir ces opportunités dépend de l’accès au capital et de la capacité concrète à mettre en œuvre des projets. Une entreprise qui peine à payer ses factures mensuelles peut se trouver dans l’incapacité de financer une modernisation qui permettrait de réduire ses coûts futurs.
La priorité politique de l’UE devrait donc être de concilier une résilience immédiate et des réductions durables de la consommation d’énergie :
- Rendre les investissements en matière d’efficacité énergétique accessibles aux PME, grâce à des subventions simples, des garanties et des prêts abordables.
- Élargir l’accès à des contrats d’électricité offrant une visibilité, notamment par le biais d’achats groupés et d’accords à long terme portant sur l’énergie renouvelable.
- Améliorer les réseaux, les interconnexions et les capacités de stockage, afin que les entreprises puissent bénéficier de manière plus régulière d’une production à faible coût.
- Réexaminer les taxes et redevances applicables aux factures d’énergie des entreprises, tout en tenant compte du coût budgétaire des allègements fiscaux.
- Apporter un soutien ciblé et temporaire en cas de chocs exceptionnels, assorti de critères d’éligibilité clairs et d’une stratégie de sortie.
- Faire appel aux Chambres de Commerce pour soutenir les petites entreprises en leur proposant des conseils en matière d’énergie, des achats groupés et une aide pour les demandes de financement.
Une énergie abordable et prévisible constitue l’un des piliers de l’esprit d’entreprise européen. Le véritable test de la politique énergétique consiste à déterminer si une entreprise peut investir, embaucher et se développer tout en couvrant ses coûts d’exploitation, et si les petites entreprises peuvent participer à cette évolution.
Article rédigé par M. Vassilis Korkidis, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Pirée et Vice-Président de l’ASCAME.
