Events Ascame/ mars 31, 2026/ En vedette, Les tendances
Le golfe Persique connaît actuellement une profonde transformation économique qui redéfinit la dynamique du commerce mondial, et la région méditerranéenne en subit directement les conséquences. Comme le souligne M. Vassilis Korkidis, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Pirée, «les exportations non énergétiques du golfe Persique constituent un autre facteur critique d’instabilité pour l’économie mondiale et sont devenues un pilier central de la diversification économique de la région». Il ajoute: «La dépendance du marché international à l’égard de produits tels que les engrais, les produits chimiques et les matériaux industriels fait de la région non seulement une plaque tournante énergétique, mais aussi un pôle commercial. L’escalade des conflits au Moyen-Orient augmente les coûts de transport, renforce les pressions inflationnistes et met à l’épreuve la résilience des chaînes d’approvisionnement. Pour l’Europe, les pays méditerranéens et la Grèce, la réponse ne peut être que la diversification stratégique des fournisseurs, le renforcement de la logistique et le rôle actif du transport maritime. Dans ce nouvel environnement, la résilience économique sera déterminée par la capacité d’adaptation et la création de partenariats internationaux solides».
Une nouvelle puissance d’exportation au-delà du secteur énergétique
Ces dernières années, les économies du Golfe ont accéléré leur transition d’un modèle économique dépendant du pétrole vers des systèmes d’exportation diversifiés. Selon les données citées dans la note de synthèse, les exportations non énergétiques des pays du CCG, ainsi que celles de l’Iran et de l’Irak, s’élèvent désormais à 350–370 milliards de dollars par an. Cela marque une évolution significative: la région n’est plus seulement un fournisseur d’énergie, mais un pôle commercial mondial.
Les Émirats arabes unis sont à la pointe de cette transformation, représentant près de 45% de l’ensemble des exportations non énergétiques, suivis par l’Arabie saoudite avec 24 % et l’Iran avec 14%. Les principaux secteurs d’exportation comprennent la pétrochimie, les engrais, les métaux et les matériaux de construction, ainsi que la réexportation d’équipements technologiques et de véhicules. Il convient de noter que la région fournit 40 % des engrais azotés, de l’ammoniac et de l’urée à l’échelle mondiale, ce qui en fait un acteur essentiel pour la sécurité alimentaire mondiale.
Géopolitique et détroit d’Ormuz: un corridor commercial à haut risque
On ne saurait trop insister sur l’importance stratégique du détroit d’Ormuz. Une part considérable du commerce mondial d’engrais et de matières premières transite par cet étroit couloir maritime. Toute perturbation de la navigation peut affecter de 25 à 30% du commerce mondial d’engrais et de matières premières de base.
L’escalade du conflit au Moyen-Orient a accentué ces vulnérabilités. La hausse des primes de risque de guerre, l’augmentation des coûts de transport et les surcoûts d’assurance ont déjà des répercussions sur les prix mondiaux. Ces pressions se répercutent sur l’ensemble des chaînes d’approvisionnement, entraînant une augmentation des coûts de production et alimentant l’inflation, notamment en Europe et dans la région méditerranéenne.
Conséquences pour l’Europe, la Méditerranée et le réseau de l’ASCAME
Pour l’Europe, les pays méditerranéens et l’écosystème entrepreneurial de l’ASCAME, l’évolution de la situation présente à la fois des défis et des opportunités stratégiques. Parmi les priorités clés, on peut citer:
- Diversifier les fournisseurs afin de réduire la vulnérabilité aux chocs géopolitiques.
- Renforcer la logistique et le transport maritime, secteurs dans lesquels la Méditerranée dispose d’atouts naturels.
- Mettre en place des chaînes d’approvisionnement résilientes, capables de faire face aux perturbations.
- Renforcer les partenariats internationaux avec les économies du Golfe et au-delà.
Dans ce contexte, la résilience économique dépendra de la capacité d’adaptation et de la mise en place de partenariats internationaux solides.
Appel à une coopération stratégique en Méditerranée
La transformation du golfe Persique en une plaque tournante diversifiée pour les exportations – conjuguée à une instabilité géopolitique croissante – souligne la nécessité de mettre en place des stratégies régionales coordonnées. Pour l’ASCAME et ses membres, c’est l’occasion de renforcer la coopération euro-méditerranéenne, de tirer parti des atouts maritimes de la région et d’aider les entreprises à s’adapter à un paysage commercial mondial en pleine mutation.
La Méditerranée a toujours été un carrefour commercial. Aujourd’hui, son rôle de trait d’union entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient est plus essentiel que jamais.
Cet article a été rédigé par M. Vassilis Korkidis, Vice-Président de l’ASCAME et Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Pirée.
