Events Ascame/ février 10, 2026/ En vedette, Projets Ascame
Le 4 décembre, les partenaires du projet RECIRCLE MED ont participé à l’« Atelier de mobilisation locale et Forum des Balkans occidentaux », qui s’est tenu à Ohrid, en Macédoine du Nord. Cet événement, co-organisé par le projet RECIRCLE MED, dans lequel l’ASCAME est l’un des partenaires stratégiques, a réuni des acteurs clés des autorités locales, du monde académique, de l’industrie et des organisations régionales des Balkans occidentaux. Le forum a servi de plateforme pour réfléchir aux défis communs, échanger les meilleures pratiques et faire progresser collectivement des approches innovantes pour un tourisme bleu et circulaire.
L’un des panels centraux, « Défis et obstacles des Balkans occidentaux pour un tourisme bleu et circulaire », a vu la participation de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Serbie, membre d’ASCAME. M. Nebojša Vraneš, Conseiller au Centre pour l’Économie Circulaire de la Chambre, a abordé ces questions sous l’angle de l’économie circulaire mondiale. Dans l’interview qui suit, nous explorons les défis les plus urgents du tourisme bleu et circulaire, la situation actuelle dans les Balkans comparée à celle d’autres régions méditerranéennes, ainsi que l’impact du projet RECIRCLE MED dans la promotion du tourisme durable le long des zones côtières méditerranéennes.
De votre point de vue, quels étaient les défis les plus urgents pour le tourisme bleu et circulaire mis en évidence lors de l’« Atelier sur la mobilisation locale et le Forum des Balkans Occidentaux »?
À mon avis, et sur la base de nombreuses années de travail avec les autorités locales, les entreprises et les communautés, les principaux défis restent très fondamentaux. Tout d’abord, il y a un manque de véritable connexion entre les parties prenantes. Les opérateurs touristiques, les municipalités, les services publics et les communautés locales travaillent souvent de manière isolée. Ensuite, les cadres réglementaires sont fragmentés et mal harmonisés. Des lois peuvent exister, mais les règlements d’application, les mécanismes de mise en œuvre et les contrôles manquent souvent ou sont incohérents. Enfin, l’éducation reste un goulot d’étranglement critique, non seulement l’éducation formelle, mais aussi la formation continue des décideurs locaux, des entrepreneurs et des travailleurs du tourisme sur ce que signifient réellement, en pratique, le tourisme circulaire et bleu.
Comment décririez-vous la situation spécifique des Balkans Occidentaux en ce qui concerne le tourisme bleu et circulaire par rapport aux autres régions méditerranéennes?
Les Balkans Occidentaux occupent une position très spécifique et quelque peu contradictoire. Du côté négatif, les décharges non réglementées et insalubres restent l’une des plus grandes pressions environnementales, en particulier dans les zones côtières et sensibles au tourisme. Les fuites de déchets dans les rivières et les mers restent un problème sérieux. D’un autre côté, comparé aux destinations de tourisme de masse telles que l’Italie, l’Espagne ou la Grèce, nous avons encore un nombre global de touristes plus faible, ce qui se traduit par une pression moindre sur les écosystèmes, une génération de déchets réduite et plus d’espace pour planifier judicieusement. Un aspect positif important est le développement de villages ethniques et écologiques. Dans de nombreux cas, ils fonctionnent déjà à un niveau de circularité et de qualité environnementale bien supérieur à celui des hôtels ou complexes d’appartements conventionnels, en s’appuyant sur les ressources locales, l’architecture traditionnelle, systèmes alimentaires locaux et une implication communautaire plus rapprochée.
Dans votre intervention, vous avez mentionné que seules les petites localités peuvent vraiment fonctionner de manière circulaire. Pouvez-vous expliquer pourquoi l’échelle joue un rôle si décisif?
L’échelle est décisive parce que les petites localités sont généralement des systèmes basés sur le foyer et la famille. Les gens vivent et travaillent au même endroit où ils sont nés et ont grandi, et les liens sociaux sont forts. Tout le monde se connaît, ce qui crée une responsabilité et une confiance naturelles. Cela rend beaucoup plus facile l’organisation de la séparation des déchets, des solutions énergétiques locales, de la réutilisation de l’eau et de la distribution équitable des bénéfices.
La circularité n’est pas seulement un concept technique, c’est aussi un concept social, et les petites communautés sont beaucoup mieux placées pour l’appliquer de manière authentique et équitable.
Quels facteurs déterminent si les pratiques circulaires locales peuvent se développer en solutions systémiques et influentes?
En réalité, une pratique locale seule devient rarement systémique par elle-même. Ce qui fait la différence, c’est la coopération. Lorsqu’un ensemble d’initiatives locales s’associe par le biais de coopératives, d’associations ou de clusters, elles peuvent commencer à traiter des enjeux systémiques tels que la logistique, les normes, le financement et le dialogue politique. Ce n’est qu’à travers une organisation collective que les solutions locales peuvent être étendues, influencer les régulations et devenir une partie d’un système circulaire plus large, plutôt que de rester de simples exemples isolés.
Un aspect positif dans les Balkans Occidentaux est le développement des villages ethniques et écologiques. Dans de nombreux cas, ils fonctionnent déjà à un niveau de circularité et de qualité environnementale bien supérieur à celui des hôtels conventionnels ou des complexes d'appartements, en s'appuyant sur les ressources locales, l'architecture traditionnelle, les systèmes alimentaires locaux et une implication communautaire plus étroite
Vous avez également mentionné qu’aucun projet unique ne peut résoudre le grand défi de la circularité et qu’une approche stratégique, étape par étape, est nécessaire. Quelles mesures pratiques recommanderiez-vous pour construire une telle stratégie?
Une véritable stratégie circulaire doit commencer par la compréhension du système dans son ensemble. Concrètement, cela signifie cartographier les flux de déchets, les flux de matériaux, la consommation d’énergie, le traitement des eaux usées et la gestion des eaux pluviales. Sans cette connaissance, les projets restent fragmentés et symboliques. Étape par étape, il convient de définir les priorités, de tester des solutions pilotes, puis de les intégrer progressivement dans un cadre plus large qui relie les objectifs environnementaux, économiques et sociaux.
Vous avez souligné l’importance d’intégrer la circularité dès les premières étapes de la planification stratégique. Comment les pays méditerranéens peuvent-ils préparer leurs villes, leurs infrastructures touristiques et leurs communautés locales avant que le tourisme de masse ne s’intensifie?
L’anticipation est cruciale. D’après mon expérience, il est beaucoup plus facile et moins coûteux de résoudre les problèmes avant qu’ils n’apparaissent pleinement. Les villes et les destinations doivent planifier leurs systèmes de gestion des déchets, de l’eau et de l’énergie à l’avance, avant que des infrastructures majeures telles que les autoroutes ou les grands complexes touristiques ne soient construites. Le cas d’Ohrid en est un bon exemple. Lorsque les problèmes sont moins nombreux, les systèmes peuvent être conçus de manière plus rationnelle, avec des solutions circulaires intégrées dès le départ, plutôt que d’essayer de réparer les dégâts par la suite.
Quelle est la mission principale du Centre pour l’économie circulaire au sein de la Chambre de Commerce serbe et comment guide-t-elle votre travail avec les entreprises et les institutions?
La mission principale du Centre est de soutenir la transition de l’économie serbe d’un modèle linéaire vers un modèle circulaire avec le moins de pertes économiques et sociales possible. Notre travail est fortement orienté vers des solutions pratiques, de nouvelles technologies et l’innovation, aidant les entreprises et les institutions à comprendre la circularité non pas comme une obligation, mais comme une opportunité de compétitivité, de résilience et de développement à long terme.
Pouvez-vous énumérer les principales activités et programmes du Centre qui soutiennent les entreprises dans l’adoption de pratiques circulaires?
L’un de nos outils principaux est la plateforme numérique du Centre, qui sert de centre de connaissances. De plus, nous développons des lignes directrices, des plans d’action et des recommandations spécifiques à chaque secteur, adaptés aux différentes industries. Une attention particulière est accordée à l’analyse des flux de matériaux, à la prévention des déchets et à l’efficacité des ressources, toujours en tenant compte des capacités réelles des entreprises opérant en Serbie.
De quelles manières le Centre coopère-t-il avec des partenaires régionaux ou méditerranéens et comment ces coopérations contribuent-elles à la promotion des principes de l’économie circulaire en dehors de la Serbie?
Nous participons activement à des projets, réseaux et conférences régionaux et internationaux, où les connaissances et l’expérience sont échangées dans les deux sens. La coopération ne se limite pas aux projets, mais repose également sur le partage de connaissances, la plateforme numérique jouant un rôle important dans la diffusion des meilleures pratiques. Ces partenariats permettent de partager les expériences serbes au niveau régional tout en rapprochant des solutions méditerranéennes et européennes testées de notre contexte local.
Les villes et les destinations doivent planifier leurs systèmes de gestion des déchets, de l'eau et de l'énergie à l'avance, avant que des infrastructures majeures comme les autoroutes ou les grands complexes touristiques ne soient construites. Le cas d'Ohrid en est un bon exemple. Lorsqu'il y a moins de problèmes, les systèmes peuvent être conçus de manière plus rationnelle, avec des solutions circulaires intégrées dès le départ, plutôt que d'essayer de réparer les dommages plus tard
Quel rôle joue la Chambre de Serbie dans le cadre du projet RECIRCLE MED et comment cette participation correspond-elle à vos priorités nationales pour l’économie circulaire?
La Chambre de Commerce et d’Industrie de Serbie joue un rôle solide et complémentaire au sein du projet RECIRCLE MED. Alors que d’autres pays partenaires ont un accès direct à la Méditerranée et se concentrent fortement sur le tourisme côtier, la Serbie contribue par son expérience des modèles de tourisme intérieur, des villages écologiques et ethniques, ainsi que de l’éducation. Cela s’aligne parfaitement avec nos priorités nationales, où le développement de l’économie circulaire est étroitement lié aux communautés locales, aux PME et au tourisme rural et culturel durable.
Quels avantages attendez-vous que RECIRCLE MED apporte aux entreprises serbes et aux communautés locales grâce à la participation de la Chambre?
Grâce à RECIRCLE MED, les entreprises serbes et les communautés locales peuvent accéder à des connaissances concrètes, des outils et des exemples provenant de la région méditerranéenne, adaptés à leur propre réalité. Je m’attends à un renforcement des capacités en matière de planification circulaire, à une meilleure intégration des normes environnementales dans le développement touristique et à de nouvelles opportunités de coopération et de visibilité. Plus important encore, le projet peut aider les acteurs locaux à comprendre que l’économie circulaire n’est pas un concept abstrait, mais une voie pratique vers des économies locales plus résilientes et une meilleure qualité de vie.
