Events Ascame/ juillet 30, 2025/ En vedette, Projets Ascame
Le renforcement des synergies et de la gouvernance pour un tourisme durable en Méditerranée -visant à améliorer la coordination des politiques et à maximiser l’impact- était un thème central de l’événement « Paths That Last – Collaborating for a Sustainable Tourism in the Mediterranean », organisé par le Mediterranean Multi-Programme Mechanism (MMM à Split, en Croatie, en juin. En collaboration avec DG MARE, l’Union pour la Méditerranée (UpM), partenaire d’ASCAME, a participé au panel sur « Initiatives stratégiques et sectorielles méditerranéennes: Comment traitent-elles le tourisme durable? », visant à mettre en lumière des initiatives, des stratégies et des approches au-delà d’Interreg qui améliorent les synergies et la gouvernance pour un tourisme durable en Méditerranée pour une meilleure coordination des politiques et un impact accru. Au cours de la session, Mme. Adriana Salazar, experte en Économie Bleue Durable à l’UpM, a souligné l’importance d’intégrer le secteur privé méditerranéen dans des stratégies plus larges d’économie bleue. Elle a souligné la nécessité de mieux anticiper le rôle du secteur privé méditerranéen dans l’intégration du tourisme durable aux stratégies plus larges de l’économie bleue. Dans l’entretien suivant, Mme. Salazar partage ses réflexions sur le rôle clé du secteur privé dans la conduite de la transition verte et bleue de la région. Elle met également en avant les initiatives réussies menées par l’UpM et d’autres institutions méditerranéennes qui s’attaquent de front aux défis du tourisme durable.
Pour commencer, nous aimerions vous interroger sur la session à laquelle vous avez participé, intitulée ‘Initiatives stratégiques et sectorielles méditerranéennes’. Comment ces initiatives répondent-elles aux défis du tourisme durable?
La discussion a présenté une occasion précieuse de rappeler le cadre pertinent dans le cadre de la Déclaration Ministérielle de l’Union pour la Méditerranée sur l’économie bleue durable, adoptée en 2021, qui incluait pour la première fois une priorité entièrement dédiée à « le tourisme maritime et côtier durable ». Cette déclaration comportait 10 priorités concernant la décarbonisation des transports maritimes et des ports, l’aménagement spatial maritime, la pêche durable et l’aquaculture, les compétences/métiers/emplois bleus, le financement bleu, la recherche et l’innovation, entre autres. La participation de l’UpM à cette session représentait une occasion unique d’explorer et d’institutionnaliser de nouvelles façons de travailler pour améliorer la coordination et la convergence entre les programmes Interreg, avec la possibilité de s’étendre à d’autres priorités de la Méditerranée à l’avenir. Nous avons souligné le besoin vital de continuer à renforcer l’accent sur la coopération, le partenariat et le dialogue à l’échelle régionale et du bassin méditerranéen en matière de tourisme durable. De plus, nous avons rappelé le rôle de l’Économie Bleue Durable (SBE) en tant qu’approche régionale intégrée, holistique, multi-sectorielle et multi-parties prenantes qui peut et soutient fortement les voies de transition vers un tourisme durable dans l’ensemble du bassin méditerranéen (en ce qui concerne le tourisme maritime et côtier durable et au-delà, en reliant également l’arrière-pays). En effet, avec le temps, la SBE est devenue un vecteur puissant et un levier pour le développement durable dans la région, et un pilier de la coopération euro-méditerranéenne elle-même.
Étant donné le contexte actuel, n’est-ce pas le moment idéal pour renforcer la participation des partenaires et des parties prenantes méditerranéens non membres de l’UE dans l’écosystème Interreg?
Il est maintenant crucial de continuer à améliorer l’accès des partenaires et des parties prenantes méditerranéens non membres de l’UE à l’écosystème Interreg (en tant que bénéficiaires directs de projets; par le biais du statut de Partenaire Associé sous Euro-Med fortement défendu par l’UpM, etc.). Malgré la phase historique complexe dans la région, il existe un fort élan à travers plusieurs piliers clés de la coopération Euro-Méditerranéenne, y compris SBE et le Tourisme Durable. Dans le cadre de l’événement Interreg, l’UpM et la DG MARE ont rappelé le Pacte Océan récemment publié, le Pacte Méditerranéen en cours d’élaboration, la nouvelle Stratégie de l’UE sur le Tourisme à venir, et le premier ensemble de projets d’investissement dans le cadre du Partenariat Méditerranéen Bleu (BMP) lancé lors du Segment de l’UpM sur SBE organisé pendant la Journée Méditerranéenne à UNOC-3.
L’UpM a également souligné l’importance d’une coordination stratégique cohérente et continue avec des partenaires clés pour étendre la portée des initiatives subrégionales pertinentes et couronnées de succès au sein du bassin élargi (c’est-à-dire sous WestMED, avec Interreg, etc.), pour aligner la dimension politique régionale avec la dimension projet sur le terrain (en effet, les projets font partie de processus plus larges), et pour garantir une convergence et un alignement stratégiques globaux (c’est-à-dire en étroite coordination avec la DG MARE –en tant que co-présidence de l’UpM sur les SBE– Interreg Euro-MED, Interreg Next-MED, Eusair, EMFAF, etc.).
À Split, nous avons rappelé le rôle de l'Économie Bleue Durable (EBD) en tant qu'approche régionale intégrée, holistique, multisectorielle et multilatérale qui peut et soutient fortement les voies de transition vers un tourisme durable dans le bassin méditerranéen
Pourriez-vous partager quelques projets Interreg qui servent d’exemples forts pour les pays méditerranéens?
Il existe de nombreux exemples puissants, tant au sein d’Interreg qu’en dehors. Les 8 programmes Interreg, spécifiquement associés au mécanisme de coordination du multi-programme Interreg Méditerranée (MMM), axés sur le tourisme durable dans son exercice pilote, représentent environ 1 milliard d’EUR, soit 1/8 du budget total d’Interreg (8 milliards d’EUR pour la période de programmation 2021-2027, couvrant 86 programmes). Comme mentionné, il est essentiel de considérer que les projets font partie de processus plus larges. Dans l’ensemble, l’Initiative Plastic Busters Labellisée par l’Union pour la Méditerranée peut être mise en avant comme un exemple phare au niveau méditerranéen. Plastic Busters est désormais un processus euro-méditerranéen et un modèle de coopération transfrontalière N-S pour lutter contre la crise des déchets marins dans la Méditerranée, en abordant l’ensemble du cycle de gestion des déchets marins. En effet, la mer Méditerranée est l’une des zones les plus touchées au monde par les déchets marins (DM). La plupart des DM entrent dans la mer à partir de sources terrestres (40-50%), mais les sources maritimes contribuent également de manière significative aux apports de déchets. Les plastiques, principalement jetables (SUP), représentent 80% de tous les déchets marins collectés. Le projet ToUMaLi labellisé par l’UpM sur les déchets marins provenant de l’industrie du tourisme peut également être mis en avant, dirigé par l’Université de Rostock et financé par le BMZ allemand dans ce cas. Le projet se concentre sur la réduction des déchets marins issus de l’industrie du tourisme en Afrique du Nord (Tunisie, Maroc et Égypte) grâce à la contribution de systèmes de gestion des déchets durables.
À votre avis, quels sont les principaux défis et opportunités pour le tourisme durable dans la région méditerranéenne? De plus, quelles sont les principales tendances et perspectives d’avenir qui façonnent son développement?
Il sera essentiel de considérer les écosystèmes, la biodiversité et la nature comme des atouts cruciaux pour promouvoir des modèles de tourisme plus durables, fournissant une large gamme de services écosystémiques (régulation, approvisionnement, culturel et esthétique, etc.); et d’adhérer pleinement aux principes du développement durable en concevant, entre autres, des solutions qui donnent la priorité aux approches basées sur les écosystèmes. À cet égard, la planification spatiale maritime basée sur les écosystèmes et la gestion intégrée des zones côtières peuvent jouer un rôle vital dans l’assurance d’une utilisation plus équilibrée des zones côtières et maritimes, prévenant les conflits entre le tourisme et d’autres secteurs (énergies marines renouvelables, pêche et aquaculture, etc.), tout en protégeant les écosystèmes marins et côtiers fragiles, et en soutenant globalement la croissance économique à long terme des communautés côtières avec un développement du tourisme responsable et durable au cœur.
Pourriez-vous partager des exemples d’initiatives qui promeuvent une utilisation plus durable et équilibrée des zones côtières et marines?
Bien sûr. L’une d’elles consiste à mettre en place des modèles de tourisme maritime et côtier plus durables dans et pour la région méditerranéenne. Une large gamme d’opportunités continuera d’émerger dans le secteur du tourisme durable/écologique (pêche-tourisme, tourisme culinaire, tourisme sportif et d’aventure, tourisme accessible, sentiers nature et culture, tourisme rural, tourisme lent, etc.) comme alternative aux modèles de tourisme traditionnels, ainsi que pour les entrepreneurs verts/bleus opérant dans une large gamme de chaînes de valeur liées au tourisme. Un autre facteur clé est d’accélérer la transition du secteur touristique vers des modèles d’énergie verte et d’énergie renouvelable, éventuellement produite localement.
De plus, l’importance des données et la nécessité d’une coopération améliorée sur le suivi et l’analyse continus des données sont également devenues évidentes.En effet, des informations basées sur des preuves pour le suivi, l’évaluation et la planification sont nécessaires pour mesurer les impacts globaux du tourisme sur les écosystèmes marins, les populations et l’économie, et pour élaborer des réponses politiques adaptées. D’autres initiatives sont envisagées avec des modèles de gouvernance multilevel entre les communautés et les destinations, aux niveaux régional et national, afin de créer des approches intégrées et systématiques prenant en compte non seulement les opportunités économiques, mais aussi des dimensions de durabilité plus larges, telles que la gestion des déchets, la protection de la biodiversité, ou l’adaptation aux changements climatiques. Enfin, de futures approches innovantes devraient également être associées à une plus grande intégration et à des synergies entre les écosystèmes touristiques et d’autres secteurs connexes (agriculture/systèmes alimentaires, pêche, aquaculture, transport, infrastructures pour l’efficacité énergétique, etc.).
Une large gamme d'opportunités continuera d'émerger dans le secteur du tourisme durable/écologique comme alternative aux modèles de tourisme traditionnels, ainsi que pour les entrepreneurs verts/bleus opérant à travers une large gamme de chaînes de valeur liées au tourisme. Un autre facteur clé est l'accélération de la transition du secteur du tourisme vers des modèles d'énergie verte et d'énergie renouvelable, générés localement si possible
Considérant que le tourisme est la plus grande industrie des pays méditerranéens, ainsi que l’importance du poids du tourisme dans le PIB régional, comment envisagez-vous le rôle du secteur privé MED pour mieux intégrer le tourisme durable dans des stratégies économiques bleues plus larges?
Les acteurs du secteur privé méditerranéen ont le potentiel de devenir des leaders et des champions de la transition ‘verte et bleue’ dans tout le bassin, au bénéfice de leurs performances sociales, environnementales et économiques. En intégrant la durabilité dans leurs stratégies commerciales fondamentales, les entreprises peuvent contribuer à préserver les écosystèmes marins fragiles et le patrimoine culturel unique qui attirent des millions de visiteurs en Méditerranée chaque année. Pour cela, l’Économie Bleue Durable –y compris en ce qui concerne le tourisme maritime et côtier durable– offre une approche intégrée puissante pour équilibrer le profit financier avec la santé et le bien-être humains et environnementaux. Les mécanismes institutionnels mis en place dans le cadre du dossier SBE de l’UfM intègrent pleinement une approche multisectorielle et multiacteurs, intégrant le secteur privé et les communautés d’investissement. En tant que moteur clé d’investissement, d’innovation et de création d’emplois dans l’industrie du tourisme en Méditerranée, les entreprises du secteur privé -des grandes chaînes hôtelières et des opérateurs de croisières aux petites entreprises locales- peuvent mettre en œuvre des pratiques et des processus visant à minimiser les impacts environnementaux tout en maximisant les bénéfices socio-économiques pour les communautés côtières et pour leurs parties prenantes au sens large – à travers plusieurs chaînes de valeur complexes et interconnectées. Des pratiques de gestion environnementale responsables sont essentielles à la survie à long terme et à la génération de valeur durable/ « triple bilan », devenant de plus en plus centrales aux fonctions principales de l’entreprise, y compris la conformité légale et réglementaire, l’efficacité opérationnelle et la gestion des risques réputationnels. Les acteurs du secteur privé du tourisme médical doivent prendre des mesures pour réduire les plastiques à usage unique (SUP); investir dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, dans la gouvernance durable de l’eau douce; soutenir la conservation de la biodiversité à travers (c’est-à-dire) des activités basées sur la durabilité comme la navigation, la plongée, la pêche ou d’autres activités basées sur la nature. Les entreprises peuvent influencer le comportement des consommateurs/clients en éduquant les touristes sur l’environnement local, en encourageant le respect des zones protégées et en offrant des expériences authentiques qui bénéficient aux communautés locales.
À votre avis, quelles sont les actions clés nécessaires pour construire des partenariats publics-privés plus solides?
La collaboration et les partenariats sont essentiels. Le secteur privé doit travailler en étroite collaboration avec les gouvernements/autorités locaux, la société civile et les Organisations Internationales pour co-développer des directives, des certifications et des normes de durabilité qui alignent les intérêts des entreprises avec des objectifs de conservation plus larges. Les partenariats publics-privés peuvent également aider à financer des améliorations d’infrastructure, soutenir les initiatives touristiques dirigées par la communauté et développer des solutions innovantes, telles que des marinas écologiques ou des croisières neutres en carbone, établissant de nouvelles références pour l’industrie. En fin de compte, un secteur du tourisme maritime et côtier méditerranéen prospère et résilient dépend des entreprises – des grandes entreprises aux micro-entreprises– reconnaissant que la rentabilité à long terme repose sur les bases fournies par des actifs naturels et culturels sains et restaurés.
En menant le passage vers des modèles et des pratiques commerciales durables, le secteur privé peut s’assurer que le tourisme continue de générer des opportunités économiques tout en préservant la richesse naturelle et culturelle unique de la Méditerranée pour les générations futures. En conclusion, les défis partagés auxquels la région est confrontée (changement climatique, perte de biodiversité, pollution…) ne peuvent être abordés que par des solutions partagées, et le passage à des modèles et des voies de tourisme plus durables est une partie clé de la ‘solution’. À travers une approche intégrée, intersectorielle et multipartite, le cadre du FEM sur l’ESB facilite la convergence des efforts à l’échelle méditerranéenne pour faire avancer la transition « bleue et verte »; décarboniser et circulariser nos économies maritimes; protéger et restaurer nos écosystèmes marins et côtiers; et créer des conditions équitables, offrant des moyens de subsistance plus justes, plus résilients et plus sains à travers la région. Dans cette lignée, un accent renforcé sur la coopération, le partenariat et le dialogue à l’échelle du bassin méditerranéen sur le tourisme durable continuera d’être vital.
