- Président, Conseil Consultatif de la MedaWeek
C’est pour moi un plaisir de participer, en tant que Président du Conseil Consultatif, à cette Semaine Méditerranéenne et de plus, de le faire dans la ville de Barcelone. Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de consacrer une partie de mes énergies politiques à la Méditerranée, à la coopération politico-économique, sociale et culturelle entre les pays des deux rives de la Méditerranée, puis, en tant que vice-président de l’Institut Européen de la Méditerranée. Aujourd’hui, comme je l’ai déjà dit, je le fais sous une responsabilité différente, mais avec le même intérêt et la même foi dans le potentiel de notre Méditerranée et en même temps, la nécessité d’exprimer tout son potentiel et de résoudre les problèmes qu’elle a et qui sont nombreux.
Le Conseil Consultatif de la MedaWeek, que je préside depuis l’année dernière, est une initiative de l’Association des Chambres de Commerce et d’Industrie de la Méditerranée (ASCAME) et de notre ami le Président de la chambre de commerce de Barcelone, Miquel Valls. Le conseil consultatif représente les secteurs économique, politique et social des deux rives de la Méditerranée à travers ses membres. C’est un instrument qui doit être efficace, et c’est notre objectif, pour promouvoir les plans, les activités et les initiatives en faveur de la Méditerranée ; l’une d’entre elles est la MedaWeek Barcelona, basée à Barcelone, qui n’est pas la seule mais a une forte importance.
Barcelone, comme vous le savez, a une vocation méditerranéenne, une vocation de capitale de la Méditerranée. En effet, c’est à Barcelone qu’est né en 1995, le « Processus de Barcelone de la Méditerranée », avec la première conférence euro-méditerranéenne organisée et promue par un gouvernement alors présidé par Felipe González. C’est également un gouvernement de Catalogne qui a co-proposé cette conférence, ce processus, cette impulsion comme un reflet de la vocation méditerranéenne de Barcelone et de la Catalogne. La Catalogne a toujours eu et a toujours une triple vocation : hispanique, méditerranéenne et européenne. Il est vrai, et vous le savez, que nous avons eu, et que nous avons encore, des problèmes politiques dus à des critères différents sur la vocation hispanique. Mais les problèmes politiques passeront et cette vocation catalane, hispanique, méditerranéenne et européenne persistera. Toutes les crises représentent toujours une opportunité et celle que traverse la Catalogne ne sera pas différente. Bienvenue donc dans la capitale de la Méditerranée. Une capitale qui abrite le siège de l’Union pour la Méditerranée, avec un grand secrétaire général, qui est également membre du conseil consultatif de la MedaWeek Barcelona, que j’ai l’honneur de présider. Mais il sera toujours difficile d’avancer si nous ne parvenons pas à intérioriser les difficultés que la réalité nous impose. Les difficultés de l’Union Européenne : nous n’avons pas consacré les énergies suffisantes de l’Union Européenne, l’attention nécessaire, les ressources aussi essentielles pour la Méditerranée après la perspective et les engagements que la conférence euro-méditerranéenne susmentionnée de 1995 du Processus de Barcelone et ses étapes ultérieures ont suscité.
L’unification européenne nécessaire et positive, entrainée et impulsée par le regretté chancelier H. Kohl est animée par ses ressources, ses priorités et ses énergies politiques. L’est est devenu le centre d’attention européen. Nous devons le reconnaître, nous devons en être conscients. Mais la proéminence méditerranéenne exige une nouvelle fois de prioriser l’attention politique de l’Union européenne. Une Union européenne qui, bien sûr, a des problèmes. Vous connaissez le problème du Brexit, le désir exprimé par conséquent lors du référendum britannique de quitter l’Union européenne. Nous vivons une année que l’on pourrait qualifiée de dangereuse avec les élections en Hollande où il y avait une possibilité de victoire d’une force politique antieuropéenne, xénophobe et raciste. Nous avons aussi vécu les élections en France avec la possibilité qu’une candidate, Mme Le Pen, fortement antieuropéenne et raciste, accède à la présidence française. L’Allemagne a connu de nouvelles élections, mais les résultats obtenus jusqu’ à présent n’ont pas encore permis d’avoir un gouvernement stable, et c’est ce dont nous avons besoin pour promouvoir et renforcer l’unité européenne et, grâce à cet élan, pour atteindre les objectifs prioritaires, et entre autres la Méditerranée. L’italien et ami, Andrea Ricardi, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio a récemment décrit Barcelone comme une autoroute reliant les différents continents méditerranéens, trois continents en l’occurrence. Une autoroute qui a malheureusement fait des milliers de morts, un drame exacerbé d’une part par la guerre en Syrie, qui a fait plus de 400 000 morts et 5 millions de réfugiés, et d’autre part par un continent africain avec des millions de jeunes prêts à abandonner leurs racines pour partir à la recherche du rêve européen. L’Union européenne n’a pas la capacité d’agir face à la guerre en Syrie, aux camps de réfugiés libyens ou à la famine en Afrique. L’Europe a la responsabilité de veiller à ce que l’autoroute méditerranéenne soit un pont entre les continents par lequel circulent le progrès économique et social, la culture et la paix. L’Europe doit investir davantage dans la coopération et surtout promouvoir le commerce, l’économie, le développement des classes moyennes dans les pays du sud de la Méditerranée, une intégration nord-sud qui connait la croissance dans le sud et avec elle, le progrès et la sécurité. La meilleure arme contre le jihadhisme est la coopération économique et culturelle entre les deux rives de la Méditerranée. Comme nombre d’entre vous sont des représentants des pays du Sud, vous savez qu’au-delà des diverses erreurs de l’Union européenne dans son attention à la Méditerranée, à la coopération entre les marchés du nord et du sud, et à l’asymétrie qui existe dans les flux économiques de cette relation, nous avons d’autres problèmes régionaux.
Nous avons également besoin de l’intégration sud-sud, qui est encore entravée aujourd’hui pour des raisons politiques. Le maintien des barrières tarifaires et non tarifaires, l’absence d’infrastructures transfrontalières décourage les échanges commerciaux et entrave le développement des investissements nationaux et étrangers, également en raison de la taille limitée des marchés. Les économies de la région ne sont pas toujours complémentaires et manquent parfois de diversification. Il reste beaucoup à faire dans ce domaine. L’Union européenne n’a pas tout fait, et de ce qu’elle a fait, tout n’a pas été bien fait. Mais toutes les lacunes du sud ne sont pas attribuables à notre efficacité ou à nos erreurs.
La collaboration grâce aux chambres de commerce méditerranéennes devrait créer des synergies qui maintiennent notre société et avec elle, nos gouvernements, avec une relation de plus en plus fluide. La Méditerranée est notre mer, notre vie, notre histoire et notre avenir. Il y a un proverbe arabe qui dit que « Ce qui est passé a fui. Ce que tu espères est absent. Mais le présent est à toi ». Faisons donc de notre présent le levier du soutien pour atteindre cet avenir qui, s’il est absent aujourd’hui, nous pouvons et devons veiller à ce qu’il soit demain présent parmi nous.
Mes meilleurs vœux donc pour Barcelone, capitale de la Méditerranée, pour la Méditerranée, pour la MedaWeek Barcelona, pour vous tous et pour nos aspirations et objectifs communs en faveur de la Méditerranée.
12/15/2017