Barcelone, novembre, 2021 – Par Anwar Zibaoui, Coordinateur Général de l’ASCAME. Article initialement publié en espagnol dans La Vanguardia.
L’économie mondiale paraît avoir entré dans un super cycle des matières premières, en raison des attentes d’une forte reprise post-pandémique, stimulée par la vaccination de masse et les programmes de relance économique. La demande augmente, les prix aussi, et l’Europe est durement touchée par sa forte dépendance énergétique. L’Union européenne importe pour environ 40 milliards de dollars de gaz naturel, ce qui représente 23 % de ses importations totales d’énergie. Environ 43 % de ce gaz provient de Russie.
La sécurité énergétique est une préoccupation majeure. L’UE doit disposer d’alternatives pour diversifier ses sources d’approvisionnement, ainsi que pour gérer ses risques politiques et économiques et limiter sa dépendance au gaz russe. Les récentes découvertes majeures de gaz naturel en Méditerranée orientale offrent à l’UE l’option qu’elle recherche, mais posent également de nouveaux défis aux gouvernements et aux acteurs internationaux dans la course à l’exploitation des richesses découvertes.
La Méditerranée orientale pourrait devenir l’une des principales zones d’approvisionnement en gaz au niveau mondial. Les ressources sont estimées à 122 trillions de pieds cubes de gaz, plus 1,7 million de mètres cubes de pétrole, situés au large des côtes de la Syrie, du Liban, de Chypre, d’Israël, de l’Égypte et de la Palestine.
Les quantités globales peuvent justifier les coûts énormes d’un nouveau gazoduc de la Méditerranée orientale vers l’Italie et le reste de l’Europe. Depuis le sud, il existe déjà des gazoducs transportant du gaz de l’Algérie vers l’UE.
Il s’agit d’une opportunité de développement et de croissance tant pour les pays producteurs que pour l’UE qui, d’ici 2030, devra importer quelque 113 milliards de mètres cubes par an.
Le potentiel de la région est considérable. Outre le pétrole et le gaz, elle dispose d’un réseau hydroélectrique, de ressources éoliennes et d’un rayonnement solaire parmi les plus élevés au monde, ainsi que de vastes étendues de désert. Techniquement, la région pourrait être un acteur énergétique majeur et répondre aux besoins d’une partie de la planète.
Mais les découvertes de gisements de gaz remuent la marmite de l’agitation régionale. L’absence d’une loi sur la délimitation des frontières maritimes et l’appétit d’autres acteurs comme la Russie et la Chine rendent la situation volatile et très compliquée.
Il est essentiel de trouver les meilleures solutions économiques et stratégiques pour optimiser les opérations, mobiliser les ressources nécessaires et promouvoir la viabilité à long terme.
Certains pays méditerranéens devront unir leurs forces s’ils veulent tirer parti de leurs ressources. Tous les acteurs publics et privés du secteur sont conscients des avantages d’une vision commune qui permettra de développer la coopération énergétique entre les deux rives de la Méditerranée et de favoriser la construction d’un marché du gaz naturel dans la région.
