Events Ascame/ avril 16, 2025/ En vedette, Membres de l'Ascame
Il y a quelques mois, l’ASCAME a signé un accord de collaboration avec l’ANBE, l’Association nationale des bateaux électriques, afin de promouvoir l’utilisation des bateaux électriques en Méditerranée et de stimuler l’économie bleue dans la région. Les deux institutions se sont engagées à travailler ensemble dans des initiatives visant à soutenir la décarbonisation et à promouvoir la mobilité électrique en Méditerranée et à favoriser les secteurs émergents liés à l’économie bleue. Suite à cet accord, l’ASCAME a participé au lancement du ‘Barcelona Electric Marine Show’, qui s’est tenu du 3 au 5 avril au Port Olimpic de Barcelone. Sous le titre « Connecter la terre et la mer pour un avenir durable », ce sommet proposait des conférences, des tables rondes, des démonstrations pratiques et des visites exclusives dont le dénominateur commun était la transition énergétique, la décarbonisation et l’innovation dans la mobilité marine et terrestre. Dans l’interview qui suit, Mme. Marilena Estarellas, Directrice de l’ANBE, partage certains des principaux enseignements de ce sommet et réfléchit au potentiel de l’économie bleue en Méditerranée et aux avancées en matière de transport maritime vert, de numérisation et de ports intelligents, ainsi qu’aux tendances en matière de réglementation et de marché.
Comment est né l’accord de collaboration entre ANBE et ASCAME? Quels sont les principaux objectifs de cet accord et quelle est la feuille de route fixée par les deux institutions?
L’accord est né de notre engagement commun à favoriser une véritable transition énergétique en Méditerranée, en particulier dans les secteurs nautique, maritime et portuaire. Depuis l’ANBE, nous avons détecté un besoin urgent de connecter tous les acteurs de l’économie bleue avec des propositions durables et tangibles. L’ASCAME, avec son réseau de plus de 300 chambres de commerce méditerranéennes, est l’allié naturel pour donner une visibilité, une voix et une portée internationale à cet objectif commun. Notre feuille de route est basée sur trois axes stratégiques: l’industrie nautique durable, les ports énergétiquement durables et le tourisme nautique durable. Nous travaillons à l’élaboration de programmes de formation à la modernisation, de forums sur la décarbonisation marine, de projets européens conjoints et à la promotion d’une grande réunion méditerranéenne sur la navigation de plaisance durable.
De quels défis et opportunités devrions-nous parler lorsque nous évoquons la décarbonisation marine en Méditerranée? Quelle est la situation actuelle et quel est l’horizon ou l’objectif proposé par les deux institutions?
Nous devrions parler d’un scénario inégal et fragmenté. Certains pays et régions sont plus avancés en matière de durabilité marine, mais en général, la décarbonisation nautique n’est pas encore une priorité politique ou commerciale dans de nombreuses zones de la Méditerranée. Notre principal défi est de transformer cette réalité, non seulement par la technologie, mais aussi par la volonté institutionnelle, le financement et la formation. L’opportunité réside dans le fait de mener ce processus depuis le sud de l’Europe, en transformant nos côtes en laboratoires vivants de l’innovation bleue. Notre horizon est clair: nous voulons un secteur nautique sans émissions, avec des bateaux électriques, hybrides ou à hydrogène, dans des ports dotés d’infrastructures durables et d’une offre touristique responsable.
La navigation de plaisance durable est-elle possible? Quelles sont les avancées les plus significatives qui ont été réalisées et pouvez-vous donner quelques exemples, tant en Espagne que dans d’autres pays méditerranéens?
Absolument. La navigation de plaisance durable est déjà une réalité, même si elle est encore en phase d’émergence. En Espagne, des chantiers navals comme LASAI, Electric in Side, Medvolt Marine, Dhamma Blue ou Xouva Boats développent déjà des bateaux 100% électriques. Nous avons également des solutions innovantes comme les pontons solaires de Sundock, qui permettent une recharge autonome des bateaux électriques. En France et en Italie, il y a des entreprises qui misent beaucoup sur l’électrification des flottes de charter ou du transport maritime à courte distance. Nous assistons à un écosystème technologique de plus en plus robuste, avec des batteries plus efficaces, des systèmes de propulsion plus puissants et des matériaux de construction plus durables.
En ce qui concerne la question précédente, le tourisme nautique durable est-il également possible?
Bien sûr que oui. En fait, c’est l’un de nos grands paris avec ASCAME. La remotorisation des bateaux de plaisance et de charter, combinée à des itinéraires d’interprétation à faible impact, offre une expérience unique au visiteur et protège notre patrimoine marin. Des entreprises telles que La Bella Verde et Medvolt Club aux Baléares, WeWhale dans le détroit de Gibraltar et les îles Canaries ou Mundo Marino à Valence et Malaga démontrent qu’un autre modèle de tourisme nautique est possible: silencieux, sans émissions et respectueux de l’environnement.
La décarbonisation du nautisme n'est toujours pas une priorité politique ou commerciale dans de nombreuses régions de la Méditerranée. Notre principal défi est de transformer cette réalité, non seulement par la technologie, mais aussi par la volonté institutionnelle, le financement et la formation
L’un des principaux défis auxquels sont confrontés les pays méditerranéens est l’économie bleue, qui est étroitement liée à l’économie verte. Quel est le potentiel de l’économie bleue dans la région méditerranéenne?
Le potentiel est immense. Nous parlons de secteurs tels que le nautisme, la pêche durable, les énergies marines renouvelables, la biotechnologie bleue ou la gestion intelligente des ports. L’économie bleue peut générer des emplois de qualité, de l’innovation technologique et de la cohésion territoriale si elle est alignée avec les objectifs climatiques. La région méditerranéenne a un rôle clé à jouer en raison de son histoire, de sa biodiversité marine et de son tissu économique. Mais pour libérer ce potentiel, nous avons besoin d’alliances telles que l’ASCAME et l’ANBE, qui relient l’innovation, la durabilité et l’action des entreprises.
Quelle est votre évaluation de la dernière édition du salon de la marine électrique de Barcelone? Pourquoi cet événement est-il si important et en quoi est-il devenu la principale vitrine des solutions innovantes en matière de navigation durable?
Ce fut un succès retentissant. Non seulement en raison du nombre d’entreprises et de visiteurs, mais aussi en raison de la qualité du contenu et des solutions présentées. Le Barcelona Electric Marine Show a réussi à s’imposer comme le point de rencontre de l’innovation bleue en Méditerranée. Il est important parce qu’il met en évidence la valeur de l’ensemble du secteur: des start-ups technologiques aux grandes entreprises telles que MOEVE, qui a offert son expertise pour les ports énergétiquement durables, les voyagistes et les centres de formation. C’est la preuve tangible que la transition nautique est déjà en marche.
Dans quelle mesure cet événement permet-il de positionner Barcelone comme un centre d’innovation dans le domaine de la voile durable, en attirant des entreprises et des professionnels du monde entier? Comment l’America’s Cup à Barcelone a-t-elle contribué à stimuler de nouveaux investissements dans la technologie, la durabilité et le tourisme nautique vert?
Barcelone pourrait être la capitale méditerranéenne de la voile durable. La célébration de la Coupe de l’America a été le catalyseur idéal, car elle a attiré l’attention du monde entier sur la ville et a stimulé les investissements dans la mobilité verte, les nouvelles technologies navales et la durabilité des ports urbains. Il est maintenant temps de poursuivre dans la même voie et de ne pas abandonner ce qui a déjà été créé. Il devrait y avoir une continuité transversale en termes de décarbonisation marine et nautique durable. Il attire les entreprises émergentes, les centres de R&D, les universités et les administrations qui souhaitent participer activement à cette transformation.
Barcelone pourrait être la capitale méditerranéenne de la voile durable. La célébration de la Coupe de l'America a été le catalyseur idéal, car elle a attiré l'attention du monde entier sur la ville et favorisé les investissements dans la mobilité verte, les nouvelles technologies navales et la durabilité des ports urbains
Selon vous, Barcelone est-elle sur la bonne voie pour devenir la capitale du secteur nautique durable en Méditerranée? Et pour mener la transition verte et l’engagement vers l’économie bleue en Méditerranée?
Sans aucun doute. Mais elle ne doit pas se reposer sur ses lauriers. Pour consolider ce leadership, il est nécessaire de continuer à investir dans des infrastructures durables, de soutenir les entreprises locales qui innovent et de maintenir un agenda politique fort en termes de décarbonisation marine et de transition énergétique pour les installations portuaires. Barcelone a le talent, l’emplacement et la capacité institutionnelle pour mener ce changement, mais elle doit créer le plan. L’ANBE et l’ASCAME veulent être des alliés dans cette voie.
Enfin, pouvez-vous préciser le thème et les objectifs de la session ANBE lors de la prochaine édition de MedaLogistics?
La prochaine session ANBE à MedaLogistics se concentrera précisément sur la manière d’évoluer vers un transport maritime à zéro émission en Méditerranée. Nous présenterons des exemples de réussite, des projets pionniers en matière de modernisation et d’électrification des ports, et nous donnerons la parole à des entreprises émergentes du secteur. Cette session revêt une importance particulière pour une raison essentielle: le 1er mai, la mer Méditerranée deviendra officiellement une zone de contrôle des émissions (ECA) en vertu de la convention MARPOL de l’IMO. Cela signifie que tous les navires, qu’ils soient commerciaux ou de plaisance, devront réduire considérablement leurs émissions d’oxydes de soufre (SOx) et de particules polluantes. Il s’agit d’une décision historique qui marque un tournant dans la réglementation environnementale du trafic maritime dans notre région. Ce nouveau cadre réglementaire fait de la transition vers des technologies propres telles que l’électrification, les hybrides avancés et l’hydrogène une priorité. Et il place la navigation de plaisance devant un défi qui est, en même temps, une grande opportunité de leadership et d’innovation. Par conséquent, notre session à MedaLogistics n’est pas seulement une proposition sectorielle, mais un appel à une action commune entre les institutions, les entreprises, les ports et la société civile. Il est temps d’aligner les efforts et de construire une feuille de route méditerranéenne pour un transport maritime durable, adapté au nouveau scénario réglementaire et engagé pour la santé de nos mers.
