Events Ascame/ août 20, 2025/ En vedette, Les tendances

Au moins 13 États membres de l’UE ont émis de vives objections à l’égard du nouveau budget septennal proposé par la Commission pour la période 2028-2034, qui s’élève à 2 000 milliards d’euros. Au sein du collège des commissaires, les objections portent principalement sur les difficultés rencontrées par l’UE pour répondre aux défis actuels et futurs. Au sein de la commission budgétaire compétente du Parlement européen, les rapporteurs des deux plus grands groupes politiques, le Parti populaire européen (centre-droit) et les Socialistes et démocrates, ont également rejeté la proposition, tout en remettant en question le montant de 2 000 milliards d’euros, soulignant qu’il inclut également les prêts accordés pendant la pandémie, dans le cadre du programme « NextGenEU », qui doivent être remboursés.

Les négociations de deux ans sur le cadre financier pluriannuel devraient donc débuter dans un climat difficile, car la proposition trop ambitieuse de la Commission a déjà suscité des réactions de la part des États membres de l’Union européenne, en plus du Parlement européen. Le CFP européen est principalement financé par les contributions nationales, les pays les plus puissants économiquement étant les principaux contributeurs, tandis que les autres recettes proviennent des taxes. Par conséquent, la nouvelle proposition, en hausse de 64% par rapport à la précédente, comprend une série de nouvelles taxes ou « ressources propres », qui devraient rapporter un total de 400 milliards d’euros sur sept ans, et qui visent les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel est supérieur à 100 millions d’euros, les déchets électroniques et les produits du tabac.

Bien que la Présidente de la Commission insiste elle-même sur le fait que les États membres n’auront pas à augmenter leurs contributions, de grands États membres tels que l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède réagissent en affirmant que le montant du fonds est excessif et inacceptable, et réclament une gestion « intelligente » plutôt qu’une simple augmentation des dépenses. La France, malgré son budget national austère, semble soutenir le plan, soulignant son importance pour la défense, la compétitivité et le soutien aux agriculteurs. La Hongrie dénonce le budget comme étant trop proche de l’Ukraine avec la disposition spéciale prévoyant une aide de 100 milliards d’euros, tout en rejetant la combinaison des fonds avec des politiques de pression sur l’immigration.

De même, les pays du sud de l’Europe s’opposent également à la fusion proposée entre la politique de cohésion et la politique agricole commune (PAC), qui couvre désormais les deux tiers du budget. Les fonds de la PAC devraient être réduits jusqu’à 30%, malgré le fait qu’environ 300 milliards d’euros soient garantis pour les agriculteurs, 218 milliards d’euros pour les régions et que, pour la première fois, 14% des fonds soient alloués aux dépenses sociales et à la gestion des migrations. La Commission considère comme une innovation la création d’un « mécanisme de crise » distinct de 400 milliards d’euros, qui sera alloué exclusivement en cas d’urgence. En outre, selon le modèle du Fonds pour la reprise et la résilience, les États membres devraient présenter des « plans nationaux et régionaux » afin de « débloquer » les ressources grâce aux réformes et aux investissements proposés.

Le CFP pourrait tenter de couvrir tous les domaines et de satisfaire tous ceux qui attendent un soutien à la croissance, à la compétitivité et à la double transition, mais des doutes subsistent quant à la capacité des fonds à atteindre les entreprises européennes et à répondre à leurs attentes. Tout dépendra des détails des différents éléments et des futurs programmes de travail annuels des différentes actions. Sur les 2 000 milliards d’euros, correspondant à 1,26 % du RNB de l’UE, les fonds destinés aux PME doivent être réservés et ne peuvent être utilisés par les grandes entreprises. Par conséquent, une composition élargie du comité stratégique des parties prenantes serait utile pour garantir au moins le respect des intérêts des PME.

Le CFP pourrait tenter de couvrir tous les domaines et de satisfaire tous ceux qui attendent un soutien à la croissance, à la compétitivité et à la double transition, mais des doutes subsistent quant à la capacité des financements à répondre aux attentes des entreprises européennes. Tout dépendra des détails des différents éléments et des futurs programmes de travail annuels des différentes actions

Tirer parti des fonds européens pour relever les principaux défis auxquels sont confrontées les PME

Tout le monde semble d’accord sur l’objectif de retrouver le leadership numérique dans l’UE, qui doit toutefois couvrir l’ensemble du domaine numérique requis, avec une augmentation des fonds à 450,5 milliards d’euros pour la recherche et l’innovation. Les usines d’intelligence artificielle, les technologies cloud, la 6G doivent atteindre l’esprit d’entreprise de chaque région, et les infrastructures ne doivent pas rester accessibles uniquement aux grandes villes. En outre, la numérisation du secteur public dans tous les pays de l’UE-27 est impérative si nous voulons mener à bien l’effort de simplification d’un marché unique basé sur les données. Un Fonds social européen devrait viser en permanence l’employabilité de la main-d’œuvre potentielle et accroître la mobilité du marché du travail dans le cadre de la transition numérique.

La transition propre et la décarbonisation industrielle du nouveau cadre continuent à juste titre d’inclure la transition verte pour les PME européennes. Toutefois, la proposition visant à percevoir des taxes et redevances paneuropéennes d’un montant de 42,8 milliards d’euros par an provenant de la « taxe sur les déchets électroniques » et du CBAM sur les polluants et les déchets, des ressources des entreprises et des contributions directes des États membres, est controversée pour l’ETS et est considérée comme contre-productive et envoyant un mauvais message en période de baisse de la compétitivité et de conflits commerciaux persistants.   Les   entreprises   sont  préoccupées   par  la

ressource des entreprises pour l’Europe (CORE), une nouvelle taxe annuelle imposée aux entreprises dont le chiffre d’affaires dans l’UE dépasse 100 millions d’euros, qui aura par conséquent un impact sur toutes les entreprises et tous les consommateurs. Le triplement des dépenses du Fonds de solidarité pour faire face aux crises extraordinaires et aux catastrophes naturelles ne peut être financé par des charges d’assurance privées supplémentaires pour les entreprises et les ménages.

La réduction de 85 milliards d’euros de la politique agricole commune pour la nouvelle période de programmation suscite des objections, ce qui correspond à une réduction de plus de 2 milliards d’euros par rapport aux 19 milliards d’euros alloués à la PAC en Grèce. Au total, 865 milliards d’euros sont prévus pour l’allocation de fonds à l’agriculture, à la pêche, à la cohésion et à la politique sociale. Les deux grands fonds de la nouvelle structure budgétaire devraient également provoquer des turbulences au sein de l’UE : d’une part, les 200 milliards d’euros destinés à l’action extérieure, dont 100 milliards concernent l’Ukraine, et d’autre part, les 131 milliards d’euros destinés à la défense et à l’espace. Le programme unique de financement de la politique d’asile, de migration et de frontières prête à confusion, car il met davantage l’accent sur la surveillance que sur l’intégration.

Les entreprises estiment que 25% devraient être consacrés aux technologies numériques au lieu de 7% axés sur l’orientation commerciale. Les autorités locales et régionales craignent que la fusion des fonds dans des « plans nationaux-régionaux » n’exclue les municipalités, ne répondant pas aux besoins locaux, tandis que d’autres estiment que se concentrer sur les plans nationaux dépasse la participation des collectivités locales, sape la cohésion et crée des actions éloignées.

Les autorités locales et régionales craignent que la fusion des fonds dans des « plans nationaux-régionaux » n'exclue les municipalités, ne répondant ainsi pas aux besoins locaux, tandis que d'autres estiment que se concentrer sur les plans nationaux dépasse la participation des collectivités locales, sape la cohésion et engendre des actions éloignées

Pressions économiques, priorités stratégiques, participation démocratique et idéologies conflictuelles

En résumé, les réactions politiques et nationales s’expliquent par quatre raisons principales: les pressions économiques, les priorités stratégiques, la participation démocratique et les idéologies conflictuelles. Les États qui contribuent au budget européen ne veulent pas d’une charge budgétaire supplémentaire, alors que le plan insiste sur les ressources nationales, mais paradoxalement sans augmentation des contributions nationales. L’augmentation importante des fonds alloués à la défense, à la migration et au soutien à l’Ukraine suscite des inquiétudes quant au détournement de ressources destinées à la politique agricole et environnementale. Les parlements nationaux demandent à participer, craignant une concentration du pouvoir au niveau européen, et enfin, la majorité parlementaire à Bruxelles remet en question la nécessité d’une augmentation et appelle à un équilibre entre opportunité et responsabilité.

M. Vassilis Korkidis, Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Pirée.

Greece’s official position is focused on the issues of the allocation of MFF 2028-2034 funds regarding the autonomy of the CAP and social cohesion, the abolition of the tobacco tax, fair distribution, especially for SMEs and local businesses, and transparency. Greece, with a joint intervention with Italy and Spain, signed a “non-paper” calling for the CAP and Cohesion Policy to be maintained as separate funds, instead of a single “national pot” with autonomous budgets and not consolidated as a “one-fund”. Greece is pushing for funds for farmers and fishermen to be secured through autonomous frameworks, due to concerns that pooling funds could reduce their access. Greece is also reacting to the proposed charges and strongly opposes the taxation of tobacco products, which is included in the EU’s new “own revenue” tax category. Greece, given its EU presidency in 2027, is calling for clear accountability in the handling of funds, without mergers, without additional taxes, intending to support SMEs and balanced national participation.

La position officielle de la Grèce se concentre sur les questions relatives à l’allocation des fonds du CFP 2028-2034 concernant l’autonomie de la PAC et la cohésion sociale, la suppression de la taxe sur le tabac, la répartition équitable, en particulier pour les PME et les entreprises locales, et la transparence. La Grèce, dans le cadre d’une intervention conjointe avec l’Italie et l’Espagne, a signé un « document informel » demandant que la PAC et la politique de cohésion soient maintenues comme des fonds distincts, au lieu d’un « pot national » unique avec des budgets autonomes et non consolidés en un « fonds unique ». La Grèce fait pression pour que les fonds destinés aux agriculteurs et aux pêcheurs soient garantis par des cadres autonomes, craignant que la mise en commun des fonds ne réduise leur accès. La Grèce réagit également aux taxes proposées et s’oppose fermement à la taxation des produits du tabac, qui est incluse dans la nouvelle catégorie fiscale des « recettes propres » de l’UE. La Grèce, qui assurera la présidence de l’UE en 2027, demande une responsabilité claire dans la gestion des fonds, sans fusions, sans taxes supplémentaires, dans le but de soutenir les PME et une participation nationale équilibrée.

Cet article d’opinion a été rédigé par M. Vassilis Korkidis, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Pirée, membre de l’ASCAME.

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