Events Ascame/ juin 17, 2025/ En vedette, Événements
La célébration de la 21e édition de MedaLogistics à Fira Barcelona, dans le cadre de SIL 2025, se déroule dans une période de profonde transformation du commerce mondial. Les dynamiques géopolitiques influencent de plus en plus les décisions économiques, avec l’escalade des tensions entre les États-Unis et la Chine, les défis croissants posés aux accords multilatéraux et les conflits en cours en Ukraine, à Gaza et dans la mer Rouge. Le déclenchement d’une guerre entre Israël et l’Iran vient encore aggraver la situation. Malgré ce paysage mondial difficile, les flux commerciaux continuent de se développer. Nous assistons à un changement stratégique dans le commerce international, marqué par une tendance croissante à la régionalisation et à la restructuration des chaînes d’approvisionnement. Dans cet interview, M. Anwar Zibaoui, Coordinateur Général de l’ASCAME, nous fait part de son point de vue sur ces évolutions. M. Zibaoui analyse les facteurs qui font de la logistique un secteur de plus en plus stratégique en Méditerranée, les principaux défis auxquels l’industrie est confrontée dans un contexte d’incertitude maximale et la coopération intercontinentale -Europe, Afrique et Moyen-Orient- dans ce secteur.
Quels sont les aspects qui font de la logistique un secteur stratégique clé pour la Méditerranée aujourd’hui?
La logistique est un secteur stratégique dans toute entreprise car elle permet d’optimiser les coûts – de transport, de stockage, d’inventaire et de distribution -, d’améliorer le service à la clientèle – la logistique garantit que les produits arrivent au bon endroit, au bon moment et dans les bonnes conditions -, d’offrir un avantage concurrentiel aux entreprises – les entreprises qui disposent d’une logistique agile et efficace répondent plus rapidement aux demandes du marché, s’adaptent mieux aux changements et offrent de meilleures conditions que leurs concurrents -, et de favoriser les pratiques durables – des itinéraires de transport plus efficaces et des emballages respectueux de l’environnement -. Dans le contexte actuel, la mondialisation est blessée. La régionalisation est la meilleure alternative, en se concentrant sur les secteurs qui bénéficient de la proximité géographique et de la complémentarité économique.
Quels sont les facteurs qui expliquent la montée en puissance de cette région en tant que plateforme logistique mondiale et quel rôle peut-elle jouer dans la nouvelle carte du commerce international?
La logistique est un secteur de plus en plus stratégique en Méditerranée pour plusieurs raisons qui combinent sa position géographique privilégiée, les changements dans le commerce mondial et les tendances émergentes en matière de durabilité et de numérisation. Tout d’abord, la Méditerranée relie l’Europe, l’Asie et l’Afrique, ce qui en fait une plaque tournante du commerce international. Notre région est devenue une plaque tournante logistique majeure qui achemine les marchandises en provenance des trois continents, d’autant plus qu’il est de plus en plus nécessaire de diversifier les itinéraires et de réduire la dépendance à l’égard de canaux tels que le canal de Suez.
Il faut ajouter la diversification et la résilience de la chaîne d’approvisionnement: la région s’adapte aux défis mondiaux, tels que les guerres commerciales ou les crises logistiques, grâce à des investissements accrus dans les infrastructures, à la coopération régionale, à la numérisation et à la transition durable. Sur ce dernier point, la durabilité est l’un des axes centraux. Les entreprises méditerranéennes adoptent déjà des technologies propres, l’optimisation des itinéraires, des emballages réutilisables et des véhicules à faibles émissions pour réduire leur empreinte carbone et se conformer aux réglementations environnementales.
Comment la région peut-elle se positionner pour concurrencer ou compléter les grands centres logistiques d’Europe du Nord tels que Rotterdam et Hambourg?
L’Europe et la Méditerranée sont confrontées à de nouvelles structures géographiques de pouvoir, qui sont presque toutes hors de leur portée politique, économique et militaire. Les pays méditerranéens doivent œuvrer pour faire de cette mer une plate-forme majeure capable de rivaliser avec d’autres régions. Pour ce faire, la coopération entre les pays des deux rives de la région est plus que jamais nécessaire. Des événements tels que MedaLogistics 2025 encouragent la collaboration entre les pays méditerranéens afin de créer un réseau logistique plus intégré, résilient et à l’épreuve du temps. Il est temps d’agir et de faire en sorte que la Méditerranée redevienne la grande plateforme logistique pour les flux Est-Ouest. Cet objectif ne sera atteint que si nous construisons ensemble une stratégie unifiée qui encourage les investissements publics-privés, accélère le grand corridor méditerranéen et le connecte à l’Afrique.
La Méditerranée relie l'Europe, l'Asie et l'Afrique, ce qui en fait une plaque tournante du commerce international. La région s'adapte également aux défis mondiaux en augmentant les investissements dans les infrastructures, la coopération régionale, la numérisation et la transition durable. En outre, les entreprises méditerranéennes adoptent déjà des technologies propres, l'optimisation des itinéraires, des emballages réutilisables et des véhicules à faibles émissions afin de réduire leur empreinte carbone et de se conformer aux réglementations environnementales
Quel est l’impact de l’instabilité géopolitique actuelle sur les flux logistiques méditerranéens?
La logistique fonctionne mieux lorsque le commerce est fluide, sans guerres ni perturbations. Les guerres en Ukraine et à Gaza, ainsi que la crise commerciale mondiale et la guerre tarifaire lancée par les États-Unis, constituent une menace évidente pour l’économie internationale. Le secteur de la logistique est l’un des plus durement touchés par cette situation. L’un de ses principaux effets est la perturbation des principales routes commerciales. Par exemple, la guerre en Ukraine a affecté les routes maritimes de la mer Noire, obligeant les cargaisons de céréales, de pétrole et de gaz à emprunter des itinéraires plus longs et plus coûteux. À Gaza, le conflit a intensifié l’instabilité au Moyen-Orient, affectant le trafic maritime dans le canal de Suez, une voie critique pour le commerce entre l’Asie et l’Europe. À cela s’ajoute l’augmentation du carburant maritime due à la pénurie de pétrole russe et à la nécessité de recourir à des sources plus lointaines. Parmi les autres effets de cette situation, citons la pénurie et la hausse des prix des matières premières, la congestion des ports méditerranéens – qui doivent désormais absorber une partie du trafic détourné de la mer Noire et du canal de Suez – et les nouvelles barrières tarifaires et restrictions à l’exportation – qui ont contraint de nombreuses entreprises à reconfigurer leurs chaînes d’approvisionnement et à prendre des risques financiers plus importants. Tous ces défis exigent une flexibilité et une adaptabilité accrues pour naviguer dans ces complexités, maintenir la continuité, optimiser l’efficacité et renforcer la résilience dans un paysage mondial en constante évolution.
Quels sont les principaux défis auxquels est confronté le développement de la logistique en Méditerranée? Que doit faire l’Europe pour ne pas manquer l’occasion de renforcer la plate-forme logistique méditerranéenne par rapport à d’autres régions?
La Méditerranée et l’Europe ont actuellement une occasion unique de devenir l’un des centres logistiques les plus importants au monde. Pour y parvenir, il est essentiel de se concentrer sur l’intégration et de promouvoir une vision stratégique partagée par les acteurs publics et privés. Cela nécessite également une approche organisationnelle durable et une planification logistique territoriale, articulées avec une nouvelle politique industrielle recentrée sur les échanges européens, méditerranéens et africains.
Dans une ère marquée par le changement climatique et les crises successives, le rôle du secteur privé dans la logistique devient de plus en plus important. Les partenariats public-privé sont essentiels pour créer des environnements favorables aux investissements et promouvoir une croissance durable. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons relever avec succès des défis tels que la modernisation des infrastructures – améliorer la connectivité ferroviaire et portuaire, développer des terminaux intermodaux efficaces et investir dans des ports intelligents -, l’intégration régionale et la coopération transfrontalière – créer des cadres réglementaires communs et promouvoir des accords régionaux de libre-échange -, la numérisation du secteur – par exemple, en mettant en œuvre des systèmes numériques de gestion logistique ou en assurant la traçabilité en temps réel des marchandises – et la transition verte – utiliser les énergies renouvelables dans les ports et les transports, ainsi que développer des corridors logistiques verts à faible taux d’émission -.
Les partenariats public-privé sont essentiels pour créer des environnements favorables à l'investissement et promouvoir une croissance durable. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons relever avec succès des défis tels que la modernisation des infrastructures, l'intégration régionale et la coopération transfrontalière, la numérisation et la transition écologique
Quels exemples de projets réussis en matière de numérisation, de transition écologique ou de collaboration intercontinentale dans le secteur de la logistique méditerranéenne mettriez-vous en exergue?
Le secteur de la logistique évolue à un rythme sans précédent, poussé par le besoin critique de s’adapter s’il veut prospérer dans un monde en mutation rapide. Le secteur du transport et de la logistique, stimulé par la technologie et l’innovation, peut se positionner comme la clé pour unir les pays de la région et soutenir son économie. Cela représente un potentiel d’investissement sans précédent, permettant à la Méditerranée d’être promue en tant que marque logistique mondiale. Parmi les exemples de réussite, citons le port de Barcelone et le port de Valence, qui mettent en œuvre des plateformes numériques intelligentes pour la gestion des opérations portuaires, permettant la traçabilité en temps réel, l’automatisation des processus douaniers et l’intégration avec les opérateurs logistiques et les compagnies maritimes. Du point de vue de la transition verte, les initiatives promues par le port de Barcelone se distinguent, comme l’électrification des quais – qui permet aux navires de se connecter au réseau électrique et d’éteindre leurs moteurs pendant leur séjour, réduisant ainsi leurs émissions -, le développement de corridors logistiques verts ou l’utilisation de carburants alternatifs tels que le GNL ou l’hydrogène. Le Port de Tarragone, avec lequel l’ASCAME collabore dans le cadre de différentes initiatives, est également devenu un centre logistique de référence en Méditerranée, capable d’unifier le territoire et de se projeter à l’échelle internationale. Il participe activement à des réseaux de coopération tels que « MedPorts » et cherche à conclure des alliances avec des ports d’Afrique du Nord et d’Europe du Sud afin de renforcer son rôle de nœud stratégique dans l’axe est-ouest de la région. Sans aucun doute, Tarragone mise sur un modèle de port intelligent, vert et connecté, qui peut servir de référence pour d’autres enclaves logistiques en Méditerranée.
Quelles opportunités d’investissement détectez-vous dans la sphère logistique méditerranéenne à moyen terme?
Dans la zone logistique méditerranéenne, d’importantes opportunités d’investissement sont détectées à moyen terme, portées par la transformation numérique, la durabilité et la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales. Cela implique la modernisation des infrastructures logistiques et portuaires, un engagement en faveur de la logistique verte et de l’énergie propre, la numérisation et l’automatisation, le nearshoring et la relocalisation industrielle, une demande accrue d’espace logistique en Europe du Sud et en Afrique du Nord de la part d’entreprises cherchant à rapprocher leur production de l’Europe, et la coopération intrarégionale. De l’Europe du Sud à la Méditerranée Orientale et au Golfe, en passant par l’Afrique du Nord, la prochaine décennie sera marquée par des changements majeurs. Des investissements de 690 milliards d’euros sont prévus dans le secteur maritime, les aéroports et le secteur ferroviaire.
