Events Ascame/ mars 2, 2024/ En vedette, Projets Ascame

ASCAME fait partie du Projet Reboot MED, qui vise à récupérer, expérimenter et stimuler l’écotourisme dans la région de WestMed. Il s’agit d’un projet phare de 2 ans, axé sur la reprise post-Covid-19 du tourisme en Méditerranée occidentale. Il est piloté par Petra Patrimonia Corsica et cofinancé par le Fonds Européen pour la Pêche Maritime et la Quaculture (EMFAF) et vise à générer de la croissance, à créer des emplois verts et à offrir un meilleur cadre de vie aux populations méditerranéennes. Le projet compte un total de 9 partenaires de différents pays méditerranéens. L’un d’entre eux est le Parc National du Diawling (PND) en Mauritanie, dont le directeur, M. Daf Sehla DAF, partage dans l’interview suivante quelques éclairages sur la participation à ce projet et son impact sur la préservation de la biodiversité, les écosystèmes et sur le développement économique de la région.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au Projet Reboot?
Participer à ce projet a été une occasion unique de renforcer les mesures de gestion durable et de conservation de la biodiversité du Parc National du Diawling tout en promouvant le tourisme durable et en renforçant la résilience des communautés locales vivant sur ce territoire. Notre objectif était de mettre en évidence les produits et les activités qui peuvent être développées dans ce domaine grâce à l’utilisation durable des ressources naturelles, en impliquant tous les acteurs locaux, nationaux et internationaux. Par exemple, nous avons envisagé des activités liées à l’écotourisme, dans le cadre de notre engagement en faveur de l’économie bleue et du tourisme vert avec moins d’impact sur l’environnement. Nous envisageons également des actions visant à conserver les espèces indigènes de cette aire protégée, ainsi qu’à préserver les ressources naturelles et à lutter contre les effets du changement climatique, tels que d’éventuelles inondations, érosion côtière, dégradation des sols, perte de la biodiversité, etc. A cet effet, nous avons créé un observatoire pour suivre l’ensemble de ces actions et des résultats obtenus, et nous menons une campagne de sensibilisation à destination de l’ensemble de la population, suivant un programme d’Education Environnementale.

La Mauritanie est l’une des 10 régions pilotes qui testent des forfaits touristiques éco/économie bleue grâce à son projet. Pourquoi avoir choisi l’aire protégée du Parc National du Diawling pour réaliser ce test?
Tout d’abord, le désert couvre près de 75% du territoire national et la conservation de la biodiversité du parc est une priorité pour le gouvernement, conformément aux engagements de la communauté internationale. Le Parc est connu également par son expérience inédite de restauration des écosystèmes. Aussi, la préservation de l’environnement et la lutte commune contre les effets du changement climatique permettent de renforcer la résilience de la population locale. Deuxièmement, en raison de la possibilité de promouvoir un tourisme durable dans une zone protégée comme celle-ci, en mettant en œuvre des actions liées à l’écotourisme qui auront un impact économique sur les communautés de la région et augmenteront la notoriété internationale du parc. En outre, il s’agit d’une excellente occasion de trouver des synergies entre tous les acteurs, en impliquant la population locale tout au long du processus, ainsi que les partenaires publics et privés, conformément aux grandes orientations des pouvoirs publics. En résumé, la Mauritanie dispose d’un potentiel touristique considérable et il convient de le valoriser et le promouvoir dans une optique de durabilité, autrement-dit un tourisme vert.

Comment garantissez-vous l’harmonie entre la conservation de la diversité des paysages, des écosystèmes et des espèces végétales et animales de cette zone avec le développement local et les activités touristiques?
Comme je l’ai déjà mentionné, la stratégie de développement de l’écotourisme dans ce secteur s’aligne sur les objectifs que nous nous sommes fixés en 1991 lors de la création du parc. Tous ces objectifs sont liés à la préservation de la biodiversité, à l’élaboration d’un plan d’action contre le changement climatique et à la garantie de la subsistance de la population locale grâce à un tourisme durable et à l’utilisation des ressources naturelles. Le gouvernement mauritanien est favorable à la combinaison de la conservation de cet écosystème naturel avec le développement d’activités liées au tourisme durable. En outre, le projet Reboot se concentre également sur la transition vers une économie bleue. Des solutions fondées sur la nature contre la dégradation de l’environnement constituent l’unique moyen pour résoudre

Quel est l’impact réel de l’augmentation du nombre de visiteurs sur les multiples pressions environnementales dans les zones protégées comme celle-ci?
L’augmentation du nombre de touristes et de passage des véhicules de transport public que nous avons enregistrée ces derniers temps a entraîné une augmentation considérable de la pollution sonore, ce qui a perturbé la tranquillité des populations d’oiseaux que nous avons dans cette région. Mais ce qui est encore plus urgent, c’est la production de déchets, qui a un impact environnemental, économique, sanitaire et social. Pour cette raison, nous travaillons sur un plan de gestion des déchets, avec un programme spécifique de collecte des déchets. Comme il s’agit d’une zone protégée, il est prioritaire de promouvoir des pratiques de tourisme durable. Par conséquent, certaines parties du parc ont un accès limité ou sont inaccessibles du tout.
Les experts affirment que la coopération est essentielle pour relever ce défi. Quel type de coopération proposeriez-vous ? Comment mobiliseriez-vous la communauté WestMed pour qu’elle aille vers le concept de coresponsabilité face à ce défi ?
Lorsque l’on parle de mesures en faveur de la préservation de la biodiversité dans des espaces protégés comme le Parc National du Diawling, il faut nécessairement impliquer la population locale, l’administration publique et le secteur privé. Il est important qu’il y ait une gouvernance participative et que des actions de sensibilisation soient menées dans tous les domaines, y compris dans les écoles. Aussi, les visites d’échanges et d’expérience organisées dans le cadre du projet Reboot nous a permis de partager et de trouver des solutions durables à certains défis majeurs de promotion et de développement du tourisme vert.

Dans quel sens une économie bleue peut-elle avoir un impact sur la création d’emplois et l’amélioration du cadre de vie des populations méditerranéennes et des écosystèmes touristiques?
Il ne fait aucun doute que toute stratégie d’économie bleue durable a un impact non seulement sur la protection de la biodiversité côtière et marine et l’amélioration de ses habitats, mais aussi sur la création d’emplois verts. La préservation de l’environnement et la promotion de l’écotourisme ont un impact sur une demande accrue de professionnels dans divers domaines, tels que les agriculteurs biologiques, la promotion des produits de l’artisanat, les éco-entrepreneurs ou le personnel dédié à la gestion des déchets. Dans notre cas, nous cherchons à réactiver économiquement ce territoire tout en préservant un environnement naturel unique. Cela nécessite un changement de mentalité, non seulement du point de vue des touristes et la population locale, mais aussi du point de vue du type d’activité socio-économique que nous développons dans cette région.

Avez-vous eu l’occasion d’échanger vos impressions avec certains des 5 autres pays de WestMed sur la mise en œuvre du projet Reboot Med?
Oui, car les Living Labs organisés par le projet Reboot ont été une excellente occasion d’échanger des expériences dans différents pays. Au cours de ces rencontres, j’ai pris conscience de la singularité de notre pays et de sa biodiversité, où il n’y a pas autant de tourisme de masse que dans d’autres territoires et où nous avons encore le temps de lancer des initiatives innovantes qui réactivent l’économie et préservent l’environnement et le patrimoine culturel.

Quels sont les principaux enseignements tirés de ce projet?
Les leçons apprises sont nombreuses et diverses, à commencer par le multiculturalisme du projet, qui m’a permis d’échanger des points de vue et des expériences avec des partenaires d’autres pays. Le projet Reboot est une excellente occasion de lancer de nouvelles initiatives touristiques à moindre impact environnemental sur les marchés nationaux, sous-régionaux et internationaux. Il s’agit d’une expérience unique qui permet d’établir des synergies entre la population locale, les experts de l’écotourisme et les gestionnaires engagés dans la durabilité. À quoi j’ajouterais la création d’emplois verts qui impactent non seulement le développement économique de la région mais aussi une plus grande résilience de la population locale. Il convient également de noter que nous sommes maintenant dans la phase expérimentale du projet, et dans la prochaine phase, nous évaluerons les besoins d’investissement dérivés des différents produits touristiques que nous envisageons. Le chemin est encore long, voire très long, mais il ne fait aucun doute que le chemin parcouru jusqu’à présent a été très enrichissant à tous les niveaux et présente de multiples opportunités pour l’avenir du Parc National du Diawling. Je saisi cette occasion pour remercier l’ensemble des partenaires du projet Reboot, notamment l’équipe de la coordination et il est évident de remercier chaleureusement le bailleur du projet, l’Union Européenne, qui est un partenaire de la Mauritanie dans plusieurs secteurs, en particulier, la préservation de la biodiversité côtière et marine et de ce fait le Parc National du Diawling en tire profit.

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