Oscar Maronda/ octobre 22, 2026/ En vedette, Institutionnelle
Dans le cadre du MedaCity Forum 2026, qui s’est tenu à Cagliari (Sardaigne, Italie) les 1er et 2 octobre, l’ASCAME et la Chambre de Commerce de Cagliari-Oristano ont organisé conjointement le premier ASCAME Lab for the Pact. Conçu comme une initiative pilote, ce Lab avait pour objectif d’identifier les principales priorités, opportunités et défis auxquels est confronté le secteur privé méditerranéen, et de les intégrer dans la mise en œuvre du Pacte pour la Méditerranée de la Commission européenne. Comme l’a souligné le Dr. Josep Santacreu, Président de l’ASCAME: « Nous avons besoin que l’Europe comprenne mieux les besoins de nos entreprises, où se trouvent les opportunités et quels sont les domaines qui nécessitent davantage d’investissements ».
En effet, la DG MENA, la Direction Générale de la Commission Européenne chargée du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et du Golfe, dont la mission est de renforcer la coopération et les partenariats de l’UE dans la région méditerranéenne et les régions voisines, a manifesté un vif intérêt pour cette initiative. Pour la DG MENA, le Lab for the Pact constitue un élément clé de son dialogue avec l’ASCAME concernant la mise en œuvre du Pacte pour la Méditerranée.
Cet exercice pilote a réuni 23 entreprises et organisations issues de 11 secteurs différents, provenant de sept pays méditerranéens situés des deux côtés de la région: le Liban, la Turquie, la Tunisie, le Maroc, la Grèce, l’Espagne et l’Italie. Coordonnée par M. Stefano Cucca, cette session a rassemblé des Chambres de Commerce, des acteurs économiques et des chefs d’entreprise représentant un large éventail de secteurs, notamment la production d’huile d’olive, la logistique, l’aéronautique, l’événementiel, l’économie verte et bleue, ainsi que les transports.
Afin de favoriser des discussions ciblées et de formuler des recommandations concrètes, les participants ont été répartis en trois groupes de travail thématiques:
1️⃣ Compétences, talents et mobilité: besoins en compétences, formation professionnelle, apprentissage et mobilité des talents.
2️⃣ Investissement et croissance des PME: accès au financement, obstacles à l’investissement, développement des entreprises et internationalisation.
3️⃣ L’économie méditerranéenne verte et bleue: énergies renouvelables, technologies propres, économie bleue et innovation durable.
Les contributions de tous les participants ont été essentielles pour comprendre:
✅ Les principaux défis qui freinent la croissance ou la coopération des entreprises méditerranéennes.
✅ Les perspectives qu’ils entrevoient en matière de coopération euro-méditerranéenne.
✅ Les projets ou initiatives concrets qu’ils pourraient mettre en œuvre avec le soutien du Pacte.
✅ Le type de soutien dont ils auraient besoin pour y parvenir.
✅ En quoi leurs entreprises ou organisations pourraient-elles contribuer à la mise en œuvre du Pacte?
✅ Leurs principales recommandations à l’intention de la Commission Européenne.
Le Lab for the Pact: priorités, recommandations et actions pilotes
Toutes les contributions recueillies au cours de cette session ont été présentées le lendemain lors de la session intitulée «Instruments financiers et investissements: le nouveau pacte pour la Méditerranée», qui a réuni des représentants de la DG MENA et d’autres institutions euro-méditerranéennes. Tous ont ainsi eu l’occasion d’entendre directement les recommandations et les points de vue exprimés par les acteurs du secteur privé de toute la région méditerranéenne lors de l’atelier organisé la veille, garantissant ainsi que la voix du monde des affaires soit prise en compte dans les débats.
Les principales interventions ont été présentées par M. Emanuele Cabras, Conseiller en coopération EuroMed à la Chambre de Commerce de Cagliari-Oristano, qui a mis en évidence une convergence remarquable des points de vue entre les entreprises des deux rives de la Méditerranée. Bien qu’ils représentent des pays, des secteurs et des tailles d’entreprises différents, les participants ont identifié un ensemble commun de défis et d’opportunités :
- Les fonds européens: à la fois la plus grande opportunité et la principale source de frustration en raison de la bureaucratie, de la méconnaissance des programmes et de l’accès limité au financement.
- Une pénurie de main-d’œuvre des deux côtés de la Méditerranée: du secteur de l’hôtellerie en Sardaigne aux techniciens industriels à Tanger, en passant par les professionnels des transports dans tout le bassin méditerranéen.
- La nécessité urgente d’élaborer des règles communes en matière de matériaux recyclés, de certification, de mobilité numérique, de gestion portuaire et de conformité.
- Il ne s’agit pas seulement de demander, mais aussi de s’engager. Onze organisations ont proposé des co-investissements, des sites pilotes, des stages ou la mise en place de consortiums.
- Mobilité et liaisons entre les deux rives: visas, retards de paiement, formalités douanières imprévisibles et réglementation maritime fragmentée. Les deux rives ne sont pas encore suffisamment bien reliées.
Compétences, talents et mobilité
Les trois groupes de travail ont traduit ces préoccupations en priorités et recommandations concrètes. La table ronde «Compétences, talents et mobilité» a identifié la pénurie de main-d’œuvre qualifiée comme l’un des principaux freins à la croissance dans des secteurs tels que le tourisme, la logistique, l’industrie et l’agroalimentaire. Les participants ont appelé à un renforcement des programmes de formation professionnelle, de l’apprentissage et des dispositifs de formation en alternance, ainsi qu’à la reconnaissance mutuelle des qualifications et à de meilleures opportunités de mobilité pour les stagiaires et les professionnels dans toute la région méditerranéenne.
Le groupe a proposé une action pilote pour 2027 visant à étendre un programme de formation euro-méditerranéen existant dans le domaine du commerce maritime et de la logistique, actuellement à l’essai auprès d’institutions de l’UE et de la région méditerranéenne. Cette initiative comprendrait un volet de formation technique, permettant aux PME du sud de la Méditerranée d’accueillir des stagiaires dans leurs ateliers, tout en favorisant la reconnaissance mutuelle et la mobilité des qualifications dans toute la région. Elle répond à un défi urgent: environ 30% des jeunes du sud de la Méditerranée ne sont ni employés, ni scolarisés, ni en formation, tandis que les entreprises des deux rives sont confrontées à une pénurie croissante de compétences.
Investissement et croissance des PME
Ce groupe s’est concentré sur la nécessité d’améliorer la connectivité des entreprises entre les pays méditerranéens, de renforcer le rôle des Chambres de Commerce en tant que facilitateurs et de simplifier l’accès aux possibilités de financement européennes. Les participants ont fait valoir que la fragmentation réglementaire et les lourdeurs administratives continuent d’entraver l’investissement et l’internationalisation, et ont proposé un cadre plus souple, capable d’aider les PME à se développer, à innover et à accéder à de nouveaux marchés dans toute la région. Par exemple, le groupe a appelé à simplifier l’accès des PME aux financements de l’UE en concevant des appels à projets plus accessibles et davantage axés sur les entreprises, qui correspondent mieux aux besoins et aux stratégies de croissance de ces dernières. À titre d’action pilote, il a proposé la création d’une plateforme destinée à faciliter les corridors commerciaux et de coopération entre les partenaires du nord et du sud de la Méditerranée.
Mise en place en collaboration avec les autorités portuaires, les administrations maritimes et les Chambres de Commerce, cette initiative vise à rationaliser les opérations et à établir un modèle évolutif et reproductible à l’échelle de la région.
Une économie méditerranéenne verte et bleue
Par ailleurs, la table ronde consacrée à l’économie méditerranéenne verte et bleue a souligné l’importance d’accélérer la double transition écologique et économique grâce à des projets concrets et évolutifs. Les discussions ont porté sur la décarbonisation de la logistique euro-méditerranéenne, l’utilisation des données et des outils numériques pour favoriser un tourisme et des systèmes de transport plus écologiques, ainsi que sur la nécessité de doter les travailleurs de nouvelles compétences liées au développement durable, à la logistique et aux technologies vertes. Les participants ont également appelé à renforcer l’approche de partenariat public-privé et à soutenir davantage les projets pilotes transfrontaliers susceptibles de générer un impact mesurable.
Le groupe a également proposé une action pilote visant à développer un port sec dédié à la logistique verte dans la région euro-méditerranéenne, alimenté par des énergies renouvelables et équipé de systèmes de stockage d’énergie et de solutions de mobilité électrique. Conçue comme un modèle bancable et reproductible, cette initiative pourrait servir de référence régionale en matière de logistique durable à partir de 2027.
Prêt à passer à l’action
L’un des messages les plus forts qui se sont dégagés de ce Lab est que les entreprises méditerranéennes ne se contentent pas de demander de l’aide: elles sont prêtes à agir. La consultation a donné lieu à 20 idées de projets concrets, allant des corridors logistiques aux programmes de formation au commerce maritime, en passant par des initiatives de tourisme durable, des solutions d’économie circulaire, des projets d’énergies renouvelables et des pôles logistiques verts. Près de la moitié des organisations participantes ont exprimé leur volonté de contribuer par le biais de co-investissements, de sites pilotes, de stages ou de consortiums internationaux, démontrant ainsi un engagement clair à transformer les objectifs du Pacte pour la Méditerranée en projets concrets et en opportunités pour la région.
Les participants au Lab ont adressé un message clair aux institutions européennes: les entreprises méditerranéennes sont désireuses de jouer un rôle actif dans la construction de l’avenir de la région. Leurs priorités sont claires: simplifier l’accès au financement, investir dans les personnes et les compétences, renforcer les liens entre les deux rives et accélérer la transition verte et bleue grâce à des solutions concrètes et axées sur les entreprises.
Fort du succès de cette première édition, les discussions se poursuivront lors du prochain Forum économique et d’affaires euro-méditerranéen – Le Sommet du Pirée, organisé par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Pirée à Athènes les 18 et 19 novembre 2026.
