Il en est des crises déclarées comme en Syrie, au Liban, en Lybie… Mais il y a beaucoup d’autres latentes: le sous-développement est en soi une crise. Pourquoi ces pays du Sud qui ont signé l’Accord d’Association à l’Europe, qui font partie de la GAFTA et/ou d’Agadir ne décollent pas après deux décennies d’aide intense de l’Union Européenne et d’ouverture sur le Monde Arabe ? Ils n’ont même pas progressé dans la voie du développement. Au contraire l’écart avec les pays d’Europe s’est creusé.

Pourtant le processus de Barcelone voulait faire du Sud une zone de prospérité partagée. Les pays du Sud vont bénéficier de la politique de « voisinage » ; ils vont signer l’Accord d’Association et bénéficier des aides consignés dans trois programme consécutifs totalisant plus de 20 milliards d’euros sur 20 ans. Surtout les droits de douane vont être abolis graduellement selon le besoin du pays du Sud.

Les avantages compétitifs

A la fin du siècle dernier le GATT (General Agreement on Tarif and Trade) a fini sa carrière sous la houlette des Etats Unis et l’assistance des pays de l’OECD (Organisation Economique pour la Coopération et le Développement) créée entre les pays les plus avancés vers le milieu les trente glorieuses pour discipliner et booster le commerce et dans le but louable de réduire le gap avec les PVD (pays en voie de développement). Les Etats Unis étaient devenu les principaux fournisseurs du monde après la seconde guerre mondiale. Ils souffraient de la protection qu’appliquaient les pays européens et de l’autarcie relative que pratiquaient les PVD. Le GATT devait les convaincre des avantages de l’ouverture. A l’avènement de l’OMC les droits de douane rétrogradaient un peu partout et les offices de change avaient totalement disparus.  Il a fallu un demi-siècle plus tard pour que les Etats Unis se rendent compte que l’ouverture n’était pas un bien absolu et qu’il y avait des conjonctures ou elle s’avérait nocive.

Une telle conjoncture s’est présentée durant le mandat de Donald Trump. Les Etats Unis n’ont pu rétablir leur objectif chômage qu’en imposant une taxe de 10% à l’entrée de l’acier et de 25% sur les voitures.

Les avantages de l’ouverture remontent à Adam Smith, au milieu du 18e siècle qui expliquait l’avantage d’acheter à l’extérieur ce qui coute moins cher à importer qu’à produire et de consacrer son activité aux produits dans lesquels on a un avantage comparatif. Michael Porter, spécialiste des programmes de développement, a modifié le terme en « avantages compétitifs » pour mettre l’accent sur l’activité à laquelle on devrait se consacrer pour tirer le meilleur résultat des facteurs à notre disposition. Ses travaux ont certainement conforté la politique du GATT dans les PVD.

Le Sud de la Méditerranée

Les pays du Sud ont sauté à pied joint dans l’Accord d’Association (AA). Ils ont profité des programmes d’aide européens, de l’ouverture de l’Europe à leurs produits, de produits plus économiques à l’importation, d’un large programme de sous-traitance et de co-traitance avec l’industrie européenne ; et pourtant le résultat 20 ans plus tard parait décevant. On savait que la productivité des pays du Sud au moment de la signature et même de la mise en vigueur de l’AA, mais on ne savait pas que tous les avantages de l’ouverture ne suffiraient pas à mettre la productivité à niveau ; comme ce fut le cas dans l’ensemble des pays du Sud.

Pourtant l’histoire nous révèle un cas célèbre. Le Portugal, sur le territoire de qui le soleil ne se couchait jamais a décidé au 19e s. d’adopter les idées de Smith et d’ouvrir son économie. Cela lui a valu de rétrograder au rang de puissance locale secondaire. Pendant ce temps l’Angleterre, contrairement aux aspirations de son célèbre philosophe-économiste fermait ses frontières, protégeait ses draperies et dominait le monde.

Productivité, emploi et ouverture du marché

Il est incontestable que l’ouverture contribue à améliorer la productivité de la nation, du fait même de l’amélioration des termes de l’approvisionnement ; ainsi que de l’accueil réciproque de ses produits et services.

Cependant cela ne doit pas se passer au détriment de l’emploi dans le pays. Il faut comprendre que le déficit de la balance commerciale (produits et services) réduit les opportunités d’emploi dans le pays ; de même que l’excès de cette balance crée des tensions inflationnistes.

Par conséquent l’ouverture est bénéfique dans la mesure où elle préserve l’équilibre du commerce extérieur. On peut croire que la balance des paiements est un garde-fou de la balance commerciale. Il n’en est rien car les PVD attirent des IDES (investissements directs étrangers) à profusion et qui profitent de certaines conditions, main d’œuvre bon marché, taxe réduite, et une panoplie d’incitations qu’établit le PVD pour les attirer. La tentation est très forte pour utiliser ces fonds en vue de combler les déficits. Jusqu’à ce qu’un jour éclate la crise.

Entretemps, le chômage enfle, la population active s’étiole, les salaires stagnent. Le pays adopte l’économie de rente pour satisfaire le capital et pourvoir aux dépenses publiques. L’émigration bat son plein. La crise socio-économique se double d’une crise politique et parfois sécuritaire.

Contribution de l’ASCAME à un meilleur avenir 

La différence entre le développement du Nord et le sous-développement du
Sud peut se résorber en une génération. C’est assurément la volonté des deux parties et le vœu le plus cher des chambres de commerce, foyer de l’économie, réunies dans l’ASCAME.

En effet la richesse de la nation est le fait d’une bonne combinaison du capital et du travail. Les ressources naturelles sont superflues, la plupart des pays avancés en manquent. Le capital non plus ne constitue plus une barrière, la mobilité du capital est tellement forte qu’il suffit d’avoir un bon investissement pour attirer autant de capitaux que l’on veut. C’est les ressources humaines qui font la différence. Et au niveau des ressources humaines c’est l’éducation.

Paradoxalement le niveau d’éducation des pays du Sud ne justifie nullement le gap avec les pays avancés. La seule explication est dans l’organisation des facteurs c.-à-d. dans la gestion publique.

Depuis sa création l’ASCAME est un vecteur de cohérence entre le public et le privé ; il n’y a qu’à observer son soutien inconditionnel à l’UPM et son étroite collaboration à l’Union Européenne. Cela doit lui permettre d’agir comme un laboratoire pour le progrès en attirant l’attention sur l’importance de la fonction publique et le mal que peut causer le chroniyisme.

En attendant, les économies tant du Nord que du Sud sont des économies libres. Les états peuvent difficilement intervenir pour rétablir l’équilibre du commerce extérieur nécessaire au progrès. L’ASCAME peut créer un « think tank » en charge rétablir les équilibres sans perdre les avantages de l’ouverture économique. L’indice de progrès est la baisse du chômage et la normalisation du ratio de la population active (65% de la population en âge de travailler).

11/02/2021